Initialement lancé sous le nom d’un « Hymne franco-colombien », le projet de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) a été rebaptisé « Chant franco-colombien ». Cette nouvelle orientation s’inscrit dans une volonté de mieux tenir compte des perspectives des Premières Nations et d’adopter une approche rassembleuse.
Louisa Sage – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Pour Emmanuelle Corne Bertrand, directrice générale de la FFCB, le projet répond depuis ses débuts à un besoin de cohésion exprimé par la communauté francophone. « Le constat de départ, c’était qu’il manquait des éléments rassembleurs sur lesquels nous appuyer pour nourrir un sentiment d’appartenance. »
Elle souligne, entre autres, la diversité démographique de la communauté francophone et la dispersion géographique de sa population à travers le territoire, ce qui rend cet enjeu d’autant plus important en Colombie-Britannique (C.-B.).
Un processus de réflexion collective
Emmanuelle Corne Bertrand, directrice générale de la FFCB | La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique
Dès le début de cette initiative, des réserves ont été émises. « Des voix au sein de la communauté exprimaient une certaine résistance au terme “hymne” et à son aspect très solennel, estimant que la communauté n’est pas une nation et qu’un hymne ne correspondrait pas à ce que nous sommes », indique la directrice générale de la FFCB.
Le projet prend toutefois un tournant important lors d’un échange avec Sussan Yáñez, facilitatrice culturelle qui travaille auprès de communautés et d’institutions sur les questions de responsabilité relationnelle et de territoires non cédés. « Cette conversation a été décisive pour réorienter cette initiative, tant dans son nom que dans son ton », explique Emmanuelle Corne Bertrand.
« Sussan Yáñez nous a apporté une perspective que nous n’avions pas du tout considérée : un hymne est un moyen utilisé pour consolider un État-nation imposé au peuple sans son consentement, et peut être perçu par les peuples autochtones comme un instrument servant à imposer la suprématie du colonisateur sur leurs terres ancestrales », ajoute-t-elle.
Un apprentissage continu
Selon Emmanuelle Corne Bertrand, ce processus s’accompagne d’une réflexion plus approfondie sur l’histoire coloniale de la province et sur les relations avec les peuples autochtones. « La communauté francophone s’inscrit dans une histoire coloniale et doit reconnaître son rôle dans les dynamiques ayant contribué à la marginalisation des peuples autochtones. »
« Nous n’aurons jamais fini d’apprendre et de nous améliorer », poursuit-elle.
À la suite de ces discussions, le projet a été rebaptisé « Chant franco-colombien », un changement officialisé dans un communiqué de la FFCB publié le 29 avril dernier. « Il est important de rendre ces apprentissages publics, de montrer qu’on se trompe, qu’on corrige et qu’on se réoriente », souligne Emmanuelle Corne Bertrand.
La direction artistique
Pour Trésor Otshudi, directeur artistique du projet, le passage de l’hymne au chant s’est fait naturellement. « Artistiquement, notre volonté a toujours été de créer une œuvre rassembleuse et fédératrice. »
Il précise toutefois que le format du chant permet « une approche plus accessible, plus vivante, et mieux adaptée à représenter l’identité francophone en C.-B. ».
Trois mélodies de styles différents ont été enregistrées par l’équipe et soumises au vote du public | La Fédération des francophones de la Colombie-Britannique
Une création collective
Depuis le lancement du projet, l’équipe a mené des sondages auprès du public, suivis d’ateliers d’écriture et de composition afin de développer les différentes propositions musicales.
Trésor Otshudi, directeur artistique du projet | Stéphanie Lamy
« Une première démo a été enregistrée et partagée afin de recueillir des commentaires. Les réponses des francophones nous ont permis de retravailler le texte et la musique, ce qui a mené à la création de trois nouvelles démos, aujourd’hui proposées au vote du public », explique Trésor Otshudi.
Il indique que ces trois mélodies s’éloignent de la solennité d’un hymne et explorent des styles pop-soul, pop-folk et afro-pop, issus d’un travail collectif. « Nous avons d’abord travaillé avec le comité du projet et les contributions de la communauté francophone, puis avec les artistes pour affiner les paroles afin qu’elles correspondent au style, au territoire et à l’identité franco-colombienne. »
« Ce projet est avant tout une belle aventure collaborative d’une communauté », confie Trésor Otshudi, en espérant qu’il deviendra une œuvre fédératrice capable de rassembler les francophones de la C.-B. lors de moments marquants dans le futur.
Le public peut voter pour sa mélodie préférée jusqu’au 29 mai 2026.
Pour en savoir plus : www.ffcb.ca/melodie-du-chant-franco-colombien-votre-avis-compte/
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