Face à un avenir encore incertain des Whitecaps de Vancouver, des partisans locaux se mobilisent pour éviter leur déménagement. À la tête du mouvement « Save the Caps », les Vancouver Southsiders multiplient leurs actions en braquant les coups de projecteurs sur un des plus anciens clubs du soccer canadien.
Marie-Paule Berthiaume – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Kevin Kerr est le porte-parole des Vancouver Southsiders, un groupe de supporters fondé en 1999, et dont le nom évoque les tribunes sud du Swangard Stadium où se rassemblaient les partisans des défunts Vancouver 86ers.
Selon lui, l’enjeu dépasse le cadre du sport. « Les Whitecaps font évidemment partie intégrante de l’identité culturelle des amateurs de soccer à Vancouver. Mais c’est plus que ça : c’est toute une communauté qui a pris de l’essor autour de l’équipe, dont je côtoie aujourd’hui plusieurs des membres. »
Inspirés par « Save the Crew »
Kevin Kerr, responsable des événements chez les Vancouver Southsiders | courtoisie
Le mouvement « Save the Caps » s’inscrit dans une tradition de mobilisation en Amérique du Nord. Les Vancouver Southsiders se sont inspirés du mouvement « Save the Crew », qui avait réussi à empêcher le déménagement du Columbus Crew en 2018.
« Les supporters du Columbus Crew ont passé deux heures au téléphone pour nous expliquer ce qu’ils avaient fait. Beaucoup de nos actions sont donc inspirées de leur mouvement », déclare le responsable des événements chez les Vancouver Southsiders.
L’objectif principal de « Save the Caps » est de sensibiliser le public, indique Kevin Kerr. « Nous sommes à la recherche de personnes prêtes à imprimer des affiches, à parler à leurs amis et à engager la communauté, car beaucoup ignorent encore que l’avenir des Whitecaps à Vancouver est menacé. »
Il souligne que les Vancouver Southsiders ont créé plusieurs comités de bénévoles aux compétences variées qui tiennent des rencontres toutes les deux semaines pour coordonner leurs actions.
La relève et l’expansion du soccer
Au-delà de la dimension sociale, Kevin Kerr insiste sur les conséquences structurelles qu’un départ du club pourrait entraîner. Avec seulement trois équipes canadiennes (Vancouver, Toronto et Montréal) dans la Major League Soccer (MLS), une ligue regroupant des équipes franchisées du Canada et des États-Unis, la disparition des Whitecaps représenterait une perte importante pour le futur du soccer au pays.
« Si nous perdons l’équipe, nous perdons également près de 5 000 jeunes affiliés à l’académie des Whitecaps ainsi qu’un programme de développement professionnel », affirme-t-il. « Ce qui aura un effet sur les équipes nationales, autant masculines que féminines. »
Un enjeu économique au cœur du débat
Nicolas Schmitt, professeur émérite au Département d’économie à SFU | Université Simon Fraser
Pour Nicolas Schmitt, professeur émérite en économie à l’Université Simon Fraser, « le problème, à la base, est économique. Est-ce que cette équipe reste à Vancouver ou est-ce qu’elle déménage aux États-Unis, à Las Vegas? »
En effet, bien que le club soit officiellement en vente depuis 2024, des rumeurs de plus en plus insistantes évoquent un possible déménagement à Las Vegas.
Le professeur émérite en économie pointe du doigt le déséquilibre important entre les revenus et les dépenses des clubs canadiens de la MLS.
« Le défi principal, c’est que les revenus sont en dollars canadiens, puisque nous sommes au Canada, mais que les dépenses, notamment les salaires des joueurs, sont en dollars américains », avance l’économiste. « Dès que le taux de change devient défavorable au dollar canadien, ça crée une différence importante entre les revenus et les dépenses. »
Les contraintes du BC Place
Au-delà des questions monétaires, les infrastructures jouent également un rôle de premier plan. Le BC Place, stade multifonctionnel appartenant à la province, est perçu par plusieurs comme un obstacle qui empêche la capacité du club à générer des revenus supplémentaires.
« Le contrat avec le stade n’a pas l’air très bénéfique pour l’équipe », explique Nicolas Schmitt. « Ils ont moins de revenus que s’ils disposaient de leur propre stade. »
Kevin Kerr partage ce constat, rappelant que les Whitecaps doivent également composer avec une disponibilité du stade partagée entre matchs de soccer, concerts et autres événements.
Il cite notamment un cas où un match éliminatoire a dû être déplacé à Portland, aux États-Unis, en raison d’un événement de motocross au BC Place. « Évidemment, c’est un énorme handicap de perdre l’avantage du terrain à domicile pour un match de séries. »
Un symbole important
Malgré des défis de taille, Nicolas Schmitt rappelle que les clubs sportifs occupent une place importante dans les grandes métropoles canadiennes. « Vancouver a besoin d’équipes professionnelles. C’est un besoin plus psychologique qu’économique, mais tout aussi déterminant pour la stature de la ville. »
Plusieurs scénarios de relocalisation dans un nouveau stade circulent, dont les sites de Hastings Park, False Creek Flats ou encore un ancien projet de stade au bord de l’eau.
Pour en savoir plus : https://savethecaps.com
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