Anastasia, à la pointe de l’âme russe

Le ballet Anastasia, conçu en 2007 pour célébrer les 20 ans d’existence du Ballet Jörgen du Canada. | Photo par William Hung

À l’occasion du centième anniversaire de l’histoire énigmatique de la grande duchesse de Russie, Anastasia, le Ballet Jörgen du Canada reprend le spectacle éponyme qu’il a créé il y a 10 ans pour une tournée à travers tout le pays. Après Duncan et avant de nombreuses dates en Colombie-Britannique, la troupe de 18 danseurs pose ses chaussons sur les planches du Centre Kay Meek de West Vancouver les 9 et 10 février prochains.

Il était une fois, Anastasia… Lors de la révolution russe de 1917, le tsar Nicolas II est obligé d’abdiquer. Il est alors assigné à résidence puis enfermé avec sa femme, leurs quatre filles, leur fils ainsi que quelques domestiques, dans la villa Ipatiev à Ekaterinbourg. En juillet 1918, les bolcheviks exécutent la famille impériale, sans doute sur ordre de Lénine.

Une histoire mythique
Anastasia, la quatrième fille du tsar, avait 17 ans lors de la fusillade dont nul ne réchappe. Pourtant, quelques années plus tard, Anastasia Nicolaïevna réapparaît sous les traits d’une jeune aliénée, Anna Anderson, qui prétend être la grande duchesse. Elle sera même reconnue par des cousins des Romanov, et livrera des détails troublants.

Cette nouvelle émeut et passionne la Russie. D’autres jeunes femmes se firent également passer pour Anastasia au cours du XXe siècle, et ce, malgré les enquêtes, l’exhumation des corps, les analyses ADN qui confirmèrent le décès. Le doute quant à la survie de la descendante des Romanov a donné lieu à de nombreuses œuvres littéraires ou comédies musicales. La Fox en a même fait un dessin animé sorti sur les écrans en 1997. L’histoire d’Anastasia, l’énigme entourant sa mort, est devenue un mythe populaire.

Les liens étroits de la Russie Impériale et de la danse classique

Scène du ballet Anastasia. | Photo par William Hung


Bengt Jörgen, directeur artistique et chorégraphe du Ballet Jörgen du Canada, confie que « le cadre temporel, la révolution qui a changé le cours du XXe siècle, associé à un drame personnel, font de cette histoire une mine d’or pour n’importe quel artiste ».

Bengt Jörgen explique également que « la famille impériale était à l’épicentre des moments les plus fondamentaux de [son] art, les trois classiques Lac des cygnes, Casse-Noisette et Belle au bois dormant. La famille finançait personnellement le ballet impérial et le dernier tsar se passionnait tant pour le ballet que pour une de ses membres » (ndlr : Mathilde Kschessinska).

« Comme le ballet et la famille impériale étaient intimement liés, on ne pouvait pas imaginer un moyen plus approprié que la danse pour témoigner des émotions que cette histoire contient »
souligne-t-il.

Un ballet de légende
Le ballet, conçu en 2007 pour célébrer les 20 ans d’existence du Ballet Jörgen du Canada, est aujourd’hui, comme l’affirme son directeur Stephen Word, « l’un des spectacles les plus populaires de la compagnie. Il a été acclamé par la critique et par le public dès sa première ».

Anastasia a été créé par Bengt Jörgen en étroite collaboration avec le compositeur Ivan Barbotin. « Nous avons travaillé en ping-pong, avec de constants aller-retours entre la partition et les scènes jusqu’à parfaitement ajuster chorégraphie et musique, laquelle a été enregistrée par le philarmonique de Moscou », raconte le chorégraphe.

« Le premier acte est centré sur la vraie Anastasia et le monde dans lequel elle vivait avant la révolution. Le deuxième acte la suit après la révolution et est plus en rapport avec le mythe de ce qui lui est arrivé. On essaie de rassembler les éléments pour comprendre ce qui a pu se passer à la fin de juillet 1918 en tenant compte notamment de ce qui a été trouvé à la villa Ipatiev après la disparition de la famille », poursuit-il.

Cette histoire, selon Bengt Jörgen, est comme la culture russe : « riche, contradictoire, dramatique, passionnée tout en même temps ». On peut se demander pourquoi cette histoire a eu un tel impact dans l’imaginaire collectif. De quelle culpabilité, ce fol espoir de voir une Romanov survivre, est-il l’écho ?

À chaque représentation du ballet, le corps d’Anastasia reprend vie, dans tout le Canada, cent ans après.

Anastasia du Canada’s Ballet Jörgen, les 9 et 10 février au Centre Kay Meek à Vancouver.

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