Parrain, marraine : un choix culturel ?

Choisir un « parrain » ou une « marraine » pour leur enfant ?

Si le jumelage entre villes est un lien atypique, Vancouver étant richement dotée avec 5 villes soeurs ou jumelles dans le monde, qu’en est-il de cet autre lien particulier, hérité du catholicisme, qui pousse certains parents à choisir un « parrain » ou une « marraine » pour leur enfant ? Est-ce une anomalie dans le paysage vancouvérois ?

Au détour d’une conversation avec des amis coréens, j’ai évoqué mon parrain, un homme solide, bien ancré en Suisse, cultivant la terre. Il a toujours eu un rôle à part et je le perçois, encore aujourd’hui, alors que j’ai la tête à des kilomètres et les deux pieds dans la vie adulte, comme un pilier bienveillant et protecteur, quelqu’un vers qui me tourner en cas de pépin, d’accident de parcours ou de déroute. Il a les clés d’un mystérieux terrier : je sais, dans mon for intérieur, qu’il pourra toujours me ramener à la terre, au pays. Mais en parlant ainsi, je me suis vite rendu compte que je « prêchais » un peu dans le vide. Car dans la culture de cet autre pays, celui de mes amis, point de « parrain » ni de « marraine » !

Pourquoi mes amis coréens n’auraient-ils pas de parrain, et pourquoi moi, qui n’ai jamais été baptisé et dont les parents n’ont jamais fait profession de foi, en aurais-je hérité d’un ? D’où vient cette drôle d’idée du parrainage ?

À l’origine, si l’on en croit certains sites de vulgarisation, « dans la religion catholique, le parrainage est étroitement lié au baptême, les parrains et marraines devant aider leur filleul sur le chemin de la foi. » Il s’agit donc au départ d’un rite religieux. Côté procédures, « le parrain et la marraine doivent normalement être eux-mêmes baptisés. Une profession de foi a lieu durant la cérémonie du
baptême. »

Mais à l’arrivée, dans des sociétés comme la France, la Suisse ou le Canada, le rite religieux est passé dans les coutumes. Le fait de choisir ou non un parrain et une marraine relève désormais de la culture, car aucune loi ne le prévoit. On appelle cela le « parrainage civil » ou « républicain ».
Toujours selon les mêmes sites, « le rôle humain du parrain et de la marraine républicains est peu ou prou le même que celui des parrains et marraines catholiques : accompagner et compléter l’éducation d’un enfant par un lien de confiance privilégié. »

Les parents, quelles que soient leurs cultures d’origine, ont donc pleine liberté de proposer à des personnes, parmi leurs proches, leurs amis, leurs cercles de connaissances, de s’engager à soutenir moralement leur enfant dans son développement et son intégration. Ce lien doit ensuite se tisser, selon des formes et des rites qui peuvent varier, entre le parrain, la marraine et le ou la filleul(e).

Fait intéressant, dans cette formule « désacralisée » du parrainage et du marrainage : on peut même avoir plus d’un parrain et d’une marraine ! En effet, si mes amis coréens m’ont regardé comme un extraterrestre lorsque j’ai parlé de mon parrain, Helena, jeune travailleuse autonome de Vancouver, les aurait sans doute bluffés, avec ses 4 parrains et marraines. Ses parents ne partageant pas la même culture d’origine, ils ont tout simplement choisi de faire les choses en double. Double « cérémonie » de parrainage et double tandem de parrain-marraine.

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