Sanaz Mazinani : L’art comme vaisseau de l’imaginaire humain

« Créer de l’art comme plateforme de conversation ». Ça, c’est l’objectif de l’artiste visuelle torontoise Sanaz Mazinani, dont l’oeuvre a été exposée à l’échelle mondiale, du Canada, aux États-Unis, jusqu’en Inde et au Royaume-Uni.

À partir du 25 juillet 2020, le public vancouvérois aura l’occasion de se joindre à la conversation inspirée par l’oeuvre de Sanaz Mazinani grâce à sa nouvelle installation, All that Melts: notes from the future-past, au site Offsite de la Galerie d’art de Vancouver.

Examiner « l’Autre »

Sanaz Mazinani connaît bien le dépaysement. Elle a grandi à Téhéran, ville effervescente de culture et d’histoire et, à l’âge de onze ans, elle immigre avec sa famille à Windsor, en Ontario.

Dès son arrivée, la jeune fille s’aperçoit des différences culturelles entre les deux endroits. Cependant, c’est le regard qu’on porte sur elle en tant qu’étrangère au Canada qui laisse la plus forte impression.

« [Windsor] était une si petite ville alors que je vivais dans une ville métropolitaine, à Téhéran. Conséquemment, j’y ai trouvé une foule de choses auxquelles je ne m’attendais pas », explique Sanaz Mazinani. « [Par exemple], quand j’étais à l’école, mon professeur m’a demandé si j’avais déjà vu une voiture auparavant ou si j’utilisais habituellement le chameau pour me rendre à l’école – ces paroles m’ont choquée. Je pense que toutes ces expériences éclairent vraiment ma pratique, parce que mes expériences autour du racisme et du manque de compréhension informent vraiment ma propre compréhension du fonctionnement du monde », ajoute-elle.

Photo de Sanaz Mazanani

Un séjour de dix ans aux États-Unis, lui a permis d’approfondir son exploration du processus d’altérité, le mécanisme par lequel une culture cherche à se distinguer d’une autre, au point même de la déshumaniser. « Je pense que cela a à voir avec la distance, avec un manque de compréhension d’un autre groupe où nous imaginons que d’une certaine manière, la vie de cette personne n’est pas aussi précieuse que la nôtre », confie-t-elle.

L’art et l’imaginaire humain

Sanaz Mazinani utilise la photographie, la sculpture et les installations multimédias pour créer des oeuvres qui invitent le spectateur à les regarder de plus près, afin de revoir ses impressions initiales des images ou des sculptures. Tel était le cas dans son installation Not Elsewhere (2019), qui consistait en trois grands rouleaux de tissu évoquant les motifs géométriques islamiques. Cependant, de plus près, ces même motifs s’avéraient représenter des images de machines de guerre.

Artiste engagée, Sanaz Mazinani réfléchit encore au pouvoir de l’art de générer un véritable changement, en se demandant, par exemple, si l’art se doit d’être toujours politique.

« Je pense que mon art est politique », affirme Sanaz Mazinani, « mais je crois aussi à la beauté de l’art et je crois à la complexité de l’art. […] Je pense que, peut-être, par le biais de l’art on peut imaginer quelque chose de mieux ou une alternative à ce qui existe déjà ». L’artiste ajoute à cette pensée une citation du poète persan Rûmî, qu’elle a traduite ainsi du farsi : « Parlez une nouvelle langue, pour que le monde soit un nouveau monde ». Rûmî parle de poésie et de la beauté du langage poétique, mais ce à quoi je pensais, c’est que sans créer d’alternative, on ne peut jamais vivre quelque chose de différent et on ne peut jamais vraiment avancer ».

Sanaz Mazinani, artiste | Photo de Sanaz Mazanani

Dans l’installation All that Melts: notes from the future-past à Offsite, Sanaz Mazinani touchera à une nouvelle thématique, soit le changement climatique. « Je voulais aborder la question de la pénurie d’eau et la question des étés de plus en plus chauds à Vancouver. La Colombie-Britannique a fait cette étude où elle a examiné Vancouver dans 60 ans – Vancouver 2080 – pour voir où finirait la trajectoire du changement climatique si elle continuait. Et apparemment, les conditions météorologiques seraient plus proches de celles de San Diego dans 60 ans à Vancouver. Ainsi, il y aura une énorme perte de flore et de faune, mais aussi les glaciers qui se trouvent dans une autre partie de la Colombie-Britannique fondront. […] Mon plan pour l’installation est que nous sommes déjà en 2080 et ce site est un monument commémoratif de ce que nous allons perdre » conclut-elle.

Ce sera une rare chance à Vancouver de voir de plus près le travail engagé et émouvant de cette renommée artiste canadienne.

Pour plus de renseignements, visitez www.sanazmazinani.com et www.vanartgallery.bc.ca/exhibitions/offsite-sanaz-mazinani

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