Nachum Tim Gidal, un photographe témoin du monde

Dans le cadre du Festival du livre juif, Yosef Wosk, ami du célèbre photojournaliste Tim Gidal, présente son livre Memories of Jewish Poland : The 1932 Polish Photographs of Nachum Tim Gidal.

Cette exposition digitale nous fait découvrir l’œuvre de l’un des pionniers du photojournalisme, Nachum Tim Gidal. Ce dernier avait 23 ans et vivait à Munich lorsqu’il a rendu visite à sa famille en Pologne, « les Juifs exotiques de l’Est », accompagné de quelques amis. Il avait alors immortalisé la quiétude avant la Shoah comme le montrent les photos d’un porteur alangui au soleil, des enfants pompant de l’eau ou encore le portrait de l’oncle Yukel.

Yosef Wosk, humaniste, rabbin et passionné de psychogéographie, se confie sur son ami dont les clichés le hantaient : « Je l’ai rencontré en 1993 lors d’un voyage sabbatique à Jérusalem. J’avais affiché une petite annonce sur un lampadaire à côté de l’hôtel du King David. Quelqu’un qui avait une galerie de vieilles photos du début du XXe siècle est entré en contact avec moi, connaissait le photographe et me l’a présenté. »

De là, Yosef Wosk a entamé une amitié et une longue correspondance avec Tim Gidal, son aîné de 40 ans, de 1993 jusqu’au décès du photographe.

Une nouvelle technologie

Photo par Joshua Berson

Grand amateur de nouvelles technologies (adorateur du fax et ayant pris en photo l’une des toutes premières télévisions en 1929), il a bénéficié d’une technologie à la pointe pour l’époque. Il s’est doté d’un Leica, offert par son frère, mais immortalise aussi le monde grâce à une caméra 16 mm et le nouveau film Kodachrome.

« Il avait commencé la photographie trois ans plus tôt. Il n’y avait pas de professeur à l’époque, c’était trop nouveau. Ces appareils constituaient une véritable révolution en matière de communication. A cette époque, c’était très rare », explique l’humaniste.

Il publiera dans le magazine féminin Marie Claire en 1936 ses premiers clichés en couleurs. Ses travaux seront également publiés dans les journaux britanniques Lilliput et Picture Post.

Un témoin discret et puissant

A sa mort, il a légué plus de 14 000 clichés au Musée d’Israël à Jérusalem. Il a été le seul photographe à prendre un cliché d’Adolf Hitler à la dérobée dans un café de Munich, comme le raconte Yosef Wosk : « Il était avec un groupe d’amis juifs. Ils étaient à quelques tables. Il avait posé son appareil sur la table et il a prétendu faire signe à une amie qui arrivait pour appuyer sur le déclencheur lorsque sa main retombait sur la table. »

Photographe dans l’armée britannique, il a aussi documenté la guerre. Il a voyagé autour du monde. Il a pris des photos des grandes personnalités telles que Churchill et Gandhi avant l’indépendance mais aussi de grands évènements comme la conférence de l’ONU.

Yosef Wosk exprime beaucoup d’admiration face à l’approche de Tim Gidal : « Il n’était pas gêné de demander ou de se mettre en retrait, il est devenu un témoin du monde. »

La parole au sujet

« Il avait déjà développé une esthétique de la photo. Il n’essayait pas de prouver quoi que ce soit, de manipuler qui que ce soit. Il travaillait à l’intuition, il n’aimait pas rogner ses clichés. C’était un humaniste, un érudit », explique Yosef Wosk dont l’ami « était connu pour être autant un historien de la photo, qu’un photographe et qu’un photojournaliste. »

La couverture du livre Memories of Jewish Poland de Nachum Tim Gidal.

Nachum Tim Gidal restait dans l’ombre et mettait un point d’honneur à laisser la relation se créer entre le sujet et le spectateur, selon Yosef Wosk : « Il disait : « Je ne vais pas expliquer, je ne vais pas parler de mes photos. Laissons le spectateur voir ce qu’il voit, s’il voit quelque chose. Le but n’est pas que moi, Tim, je m’exprime à travers la lentille. C’est tout le contraire : laissons l’objet ou la personne que je photographie s’exprimer. C’est ça que je photographie et que je partage avec le monde. »

Les correspondances entre Yosef Wosk et Nachum Tim Gidal devraient paraître dans le courant de l’année et nous livrer une histoire liée à l’Histoire.

La version digitale de l’ouvrage est à découvrir en ligne du 5 au 25 janvier 2021 par ce lien : https://online.flippingbook.com/view/666556

Il est également possible de venir en personne au Centre du livre juif en contactant gallery@ccgv.bc.ca.

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