Du deuil à la gratitude : créer pendant une pandémie

Alors que les jours de confinement et de restrictions de santé publique s’allongent en Colombie-Britannique, une nouvelle exposition de l’artiste visuelle Sylvie Roussel-Janssens offre une métaphore lumineuse de l’expérience créative dans des périodes difficiles telles que la pandémie dans laquelle on vit encore.

L’exposition, intitulée Gratitude, fait partie de l’initiative Contextualisations, du groupe Réseau nord-ouest (N.O.) et sera présentée du 15 février au 15 mars 2021 à l’hôtel historique Royal, au centre-ville de Chilliwack.

« Il faut laisser partir les déceptions »
Au printemps dernier, Sylvie Roussel-Janssens avait été invitée à faire une résidence artistique à Saskatoon dans le cadre de l’initiative Contextualisations. Or, quand la pandémie a frappé, la résidence a été repoussée pendant plusieurs mois dans l’attente d’un changement dans les mesures sanitaires. En décembre 2020, on lui propose de compléter sa résidence en faisant un projet chez elle, en Colombie-Britannique.

Sylvie Roussel-Janssen, artiste. | Photo de Sylvie Roussel-Janssens

Si, au début, l’artiste a dû accepter la perte de cette importante collaboration artistique et en faire le deuil, son « attitude combative » a fait en sorte qu’elle a pu ensuite créer la série de sculptures qui composent Gratitude.

« Au début j’étais bien déçue, parce que j’avais toujours l’espoir que ça pourrait être repoussé et repoussé », raconte Sylvie Roussel-Janssens. « Mais ça m’a donné le temps de réfléchir, pas seulement à la pandémie mais à ce qui est arrivé à ma carrière en fin de compte. Il y a beaucoup d’artistes, beaucoup de créateurs qui profitent de ce temps-là pour faire le point. D’abord la déception, et après apprécier ce qu’on a. La gratitude ça aide beaucoup dans les temps difficiles », réfléchit-elle.

Transformation et renaissance
Artiste engagée dans la lutte pour la protection environnementale, Sylvie Roussel-Janssens incorpore non seulement une diversité de techniques, y compris sa propre méthode de perforation dans les textiles avec un fer à souder, mais aussi des influences artistiques telles que les philosophies japonaises du wabi sabi et kintsugi, une fascination d’enfance avec l’éclairage de scène au théâtre, et les cèdres du territoire Stó-lò où elle habite.

Le wabi sabi, un concept esthétique qui valorise l’aspect vieillissant ou imparfait des objets, et le kintsugi, méthode par laquelle on répare des porcelaines ou des céramiques avec de l’or, informent autant le choix du matériel que Sylvie Roussel-Janssens utilise ainsi que le processus physique d’élaboration de ses œuvres.

Par exemple, pour créer les sculptures qui font partie de Gratitude, Sylvie Roussel-Janssens a utilisé des tissus recyclés, soit 267 mètres de rubans à tisser. Ce processus a permis à l’artiste de réutiliser des restes de tissus en même temps qu’elle donnait une nouvelle vie à quelques-unes de ses anciennes installations.

Installation dans le parc Canada Lands (Chilliwack). | Photo de Sylvie Roussel-Janssens

« C’est dans un processus créatif où physiquement je prends des pièces de tissus que je recycle mais aussi d’œuvres que j’ai dû déconstruire. Je fais beaucoup d’installations et j’essaie de leur donner une deuxième vie, une troisième vie. Mais [ces installations], ce n’est pas toujours des choses qui ont un avenir commercial, alors on peut quand même utiliser la matière pour faire autre chose », explique-t-elle.

Le résultat est une transformation à plusieurs niveaux car, comme l’explique l’artiste, « c’est du recyclage d’idées mais aussi d’œuvres que j’ai déjà faites. Ça fait vraiment du bien et en plus c’est quelque chose de joyeux en même temps de laisser partir ».

Pour Sylvie Roussel-Janssens, originaire de Montréal, mais vivant en Colombie-Britannique depuis 1980, l’aspect physique des techniques qu’elle favorise comble aussi un désir de regagner de l’espoir face à des obstacles qui peuvent sembler infranchissables.

Photo de Sylvie Roussel-Janssens

« Je fais beaucoup de sutures, de couture de choses ensemble, de réparation, de raccommodage. Il y a tellement de problèmes dans le monde, on voit des obstacles insurmontables et quand on peut faire une œuvre où l’on a l’impression de réparer, ça donne l’espoir que si on est capable de réparer une petite chose dans notre travail artistique, peut-être qu’on peut réparer quelque chose d’un peu plus gros la prochaine fois, pas juste pour notre œuvre mais pour tout, et d’essayer de voir les choses autrement », affirme l’artiste.

Pour plus d’informations sur Gratitude, veuillez visiter

www.lecollectifcb.ca et
www.lsclight.net.

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