Le Save Record Ridge Action Committee (SRRAC) a saisi la Cour suprême de la Colombie-Britannique (C.-B.) pour contester la décision de l’Environmental Assessment Office (EAO) de ne pas exiger d’évaluation environnementale pour le projet minier Record Ridge, près de Rossland.
Louisa Sage – Initiative de journalisme local – Journal La Source
Ce projet, proposé par West High Yield Resources Ltd. (WHY Resources), envisage d’extraire de la serpentine de Record Ridge afin de produire du magnésium et d’autres minéraux.
Changement de périmètre
WHY Resources avait initialement demandé au ministère provincial des Mines et des Minéraux critiques (MCM) un permis pour exploiter ce qu’elle présentait comme une « carrière » de 200 000 tonnes par an.
En 2024, le SRRAC a toutefois démontré à l’EAO qu’il s’agissait en réalité d’une « mine ». L’entreprise a alors réduit sa production à 63 500 tonnes par an, sous le seuil qui oblige une évaluation environnementale pour cette catégorie.
Benjamin Isitt, conseiller juridique du SRRAC | courtoisie
Selon Benjamin Isitt, conseiller juridique du SRRAC, « La compagnie a simplement dit qu’elle allait réduire le volume de production, mais elle a gardé la superficie et les infrastructures pratiquement inchangées ».
« Notre argument principal, c’est qu’il doit y avoir des limites », poursuit-il. « Le MCM ne peut pas permettre à un promoteur d’orienter son projet au gré de ses propres intérêts. »
« Une fois le permis obtenu, une entreprise peut étendre la superficie de son projet jusqu’à 50 % sans qu’aucune évaluation environnementale ne soit requise », ajoute-t-il. « La mesure de protection contre cela est la désignation ministérielle que nous réclamons. »
Enjeux juridiques et socio-économiques
L’Osoyoos Indian Band, dont l’entreprise Skemixst Solutions assurerait la construction et l’exploitation du projet, estime qu’une évaluation environnementale n’est pas nécessaire. Quatre autres groupes autochtones, dont la Sinixt Confederacy, la réclament toutefois.
Benjamin Isitt affirme qu’une telle analyse externe « permettrait d’examiner les revendications concurrentes liées aux déplacements historiques et de garantir que les droits de chacun soient pris en compte ».
La Ville de Rossland souligne que tout développement doit préserver la viabilité économique à long terme, notamment pour le tourisme et les loisirs, et demande une étude indépendante des impacts socio-économiques avant toute approbation.
L’EAO a répondu que ces impacts pouvaient être traités par d’autres processus réglementaires, tels que les permis, ce que le SRRAC juge insuffisant. « Lorsque le MCM a accordé le permis, il a précisé que les impacts socio-économiques ne relevaient pas de sa compétence », explique l’avocat. « Cette lacune montre qu’une évaluation environnementale est indispensable, car aucun autre processus n’examine globalement les impacts environnementaux, socio-économiques et sur les communautés autochtones. »
Risques pour la santé et l’environnement
Le site se trouve dans une prairie sensible et une zone de gestion des forêts anciennes, abritant une espèce de fougère menacée. Il chevauche également le sentier Seven Summits Trail.
En octobre 2025, le SRRAC a déposé de nouvelles preuves d’experts concernant les risques liés aux poussières minières pouvant contenir, entre autres, de l’amiante. Plus d’une centaine de médecins de la région ont signé une lettre exprimant des préoccupations similaires.
Mélanie Mercier, porte-parole du SRRAC, souligne qu’il s’agirait de la mine à ciel ouvert la plus proche d’une communauté de la province, « un facteur qui devrait être pris en compte ».
Elle estime que les risques pour la santé publique doivent primer sur l’ampleur du projet. « Un chantier impliquant de l’amiante devrait faire l’objet d’un contrôle beaucoup plus strict et déclencher une évaluation. »
La porte-parole du SRRAC ajoute qu’il est impossible de savoir où les fibres d’amiante pourraient se déposer sans modélisation de la dispersion atmosphérique.
Record Ridge, le site proposé pour l’exploitation minière | Mélanie Mercier
Une économie de ressources
Barry Baim, directeur et secrétaire général de WHY Resources, qualifie la demande de révision judiciaire du SRRAC de « tentative de retarder un projet conforme à toutes les exigences juridiques contribuant à la transition vers une économie plus verte ».
Il affirme que le partenariat avec Skemixst Solutions « garantit une surveillance environnementale et opérationnelle assurée par un gouvernement autochtone crédible, reconnu pour sa gestion responsable des terres », et que le projet créera de « 40 à 50 emplois miniers bien rémunérés ».
Il ajoute que la communauté ne peut pas absorber des hausses d’impôts année après année sans diversifier son économie. « Rossland s’est développée grâce à l’exploitation minière et dépend encore de l’usine de Trail, qui représente environ 35 % du PIB local. »
L’entreprise envisage à long terme des installations de traitement minier dans la province, avec toute augmentation de production « soumise à un nouveau processus de permis incluant toute évaluation environnementale requise », précise Barry Baim.
Le SRRAC demande qu’une évaluation environnementale complète soit effectuée avant toute mise en chantier, « pour assurer la protection des communautés et de l’environnement ».
Pour en savoir plus : www.saverecordridge.ca
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