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le Mardi 27 janvier 2026 0:06 A la Une

L’alphabétisation francophone en C.-B. : une alarmante invisibilité

L’alphabétisation francophone en C.-B. : une alarmante invisibilité
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La réalité socio-économique d’une partie importante de la communauté francophone de la Colombie-Britannique demeure très méconnue. Sur les 72 875 francophones que compte la province, environ 28 000 personnes présentent des besoins en soutien de compétences de base, notamment en littératie et en numératie, des aptitudes essentielles pour accéder et s’intégrer durablement au marché du travail.

Ces chiffres proviennent d’un travail de recherche mené en collaboration avec le Réseau pour le Développement de l’Alphabétisme et des Compétences (RESDAC ) dans un contexte où le manque de données officielles est criant. « Il y a un vrai problème de transparence et de recherche sur la communauté francophone », déplore Balkis Jeridi, coordonnatrice de la formation de base au Collège Éducacentre. Les données officielles du Parcours d’Éducation Culturelle et Artistique (PECA) pour la Colombie-Britannique sont inexistantes. « Nous n’existons même pas dans les statistiques », ajoute-t-elle.

Les constats dressés sont pourtant préoccupants. Parmi ces 28 000 personnes, le salaire annuel moyen s’élève à 34 000 $, le taux de chômage atteint 9,7 %,
soit bien au-dessus de la moyenne provinciale, et une personne sur dix ne possède aucun diplôme. Des indicateurs qui témoignent d’inégalités structurelles persistantes.

Une offre de formation de base insuffisante face à des besoins croissants

La formation de base offerte par le Collège Éducacentre est issue d’un partenariat avec le Conseil scolaire francophone (CSF), qui a développé une école virtuelle afin de permettre l’accès aux cours de français, y compris pour les étudiants vivant en milieu rural. Si ce dispositif visait initialement les plus jeunes, un besoin important a rapidement été identifié chez les adultes.

« Nous avons constaté une demande forte, notamment de la part de parents d’élèves inscrits dans les écoles du CSF, qui souhaitent reprendre leurs études »,
explique Balkis Jeridi. C’est le travail que réalise le Collège Éducacentre, qui consiste à concentrer ses efforts sur l’accompagnement des adultes francophones.

L’offre actuelle reste cependant très limitée. Le programme d’alphabétisation familiale, autrefois un pilier de la formation de base, n’existe plus. « Les budgets ont été suspendus », souligne la coordonnatrice. Aujourd’hui, la formation de base se limite à l’accompagnement de personnes ayant complété un parcours scolaire jusqu’à la dixième année. « Pour tout ce qui touche aux années antérieures, les francophones en Colombie-Britannique ne sont tout simplement pas pris en charge », précise-t-elle.

Les personnes concernées peuvent alors se tourner vers des services anglophones, au prix d’un renoncement à étudier dans leur langue. Une situation qui accentue encore davantage les inégalités.

Faute de financements suffisants, Balkis Jeridi gère seule ce programme. « Je me divise entre deux campus et j’ai une capacité très limitée pour absorber le volume de demandes », confie-t-elle. Actuellement, 33 étudiants adultes suivent le programme, dont une majorité possède un statut de réfugié.

À ces défis s’ajoute une fracture numérique importante, alors que l’enseignement est majoritairement offert en ligne. « Au-delà des besoins en littératie et en numératie, beaucoup de nos étudiants n’ont ni le matériel ni les compétences numériques nécessaires », indique-t-elle.

Le contraste avec l’offre destinée aux anglophones est frappant. « S’ils étaient anglophones, ils auraient accès à des ordinateurs neufs, à des formateurs à temps plein, à des tuteurs pédagogiques pour un soutien individualisé, à des programmes adaptés à tous les niveaux et même à des titres de transport pour se rendre aux cours », énumère la coordonnatrice de la formation de base au Collège Éducacentre. Face à une demande bien réelle, le Collège Éducacentre n’a tout simplement pas les capacités de répondre.

Actuellement, 33 étudiants suivent la formation de base offerte par Éducacentre à l’échelle de la province.

Un appel à l’équité et à la reconnaissance

Malgré les alertes lancées auprès de la province et du gouvernement fédéral, les budgets demeurent gelés. « Nous appelons à l’équité », insiste la coordonnatrice. « Le gouvernement affirme vouloir soutenir les langues officielles, mais dans les faits, nous restons invisibles. »

Pourtant, même avec des moyens très limités, les résultats sont là. « Avec le peu de ressources dont je dispose, j’ai réussi à multiplier par huit le nombre d’étudiants capables de terminer un cours en autonomie », fait-elle remarquer avec fierté. Son objectif est clair : continuer à améliorer ces résultats afin que, d’ici la fin de l’année, un maximum de personnes puissent mener leur cursus à terme.

Face à cette invisibilité institutionnelle, ce sont souvent des parcours personnels qui racontent le mieux les enjeux humains de l’alphabétisation. Comme le dit Walid Midouni : « Ma formation a changé ma vie ! Non seulement ma façon de m’exprimer et mon écriture ont beaucoup évolué, mais j’ai une plus grande confiance en moi. […] Avec beaucoup d’efforts et de détermination, j’ai compris que nous pouvons tous réussir nos projets, peu importe l’ampleur de ceux-ci », illustrant comment l’accès à une formation de base peut redonner dignité et perspectives. « J’ai recommencé l’école pour moi, mais aussi pour lui [son fils]. […] Je suis très fière de ce que j’ai accompli, et fière de dire que j’ai maintenant un but : je souhaite devenir éducatrice spécialisée », témoigne Cindy Loupret-Cabral, montrant combien ces compétences fondamentales deviennent des leviers pour toute une famille.

Un espoir qui repose désormais sur une reconnaissance politique et financière à la hauteur des engagements annoncés, afin que la communauté francophone de Colombie-Britannique cesse d’être invisible et puisse enfin bénéficier d’un soutien équitable.

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