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L’immigration africaine francophone : le combat pour l’emploi

Le CIIA accompagne les immigrants africains pour faciliter leur intégration dans la société britanno-colombienne.
Le CIIA accompagne les immigrants africains pour faciliter leur intégration dans la société britanno-colombienne.
L’immigration africaine francophone : le combat pour l’emploi
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L’intégration professionnelle en Colombie-Britannique des immigrants francophones, en particulier ceux d’origine africaine, reste un défi de taille. Malgré les efforts d’organismes communautaires, l’accès à un emploi correspondant aux qualifications demeure difficile dans un marché du travail souvent perçu comme fermé. Depuis 2003, le Centre d’Intégration pour Immigrants Africains (CIIA) s’efforce de combler ces lacunes, en offrant un accompagnement ciblé à une population encore trop peu tenue en compte dans les politiques d’intégration.

À l’origine du centre, un constat sans équivoque. « L’intégration des immigrants africains francophones était très difficile à ce moment-là, explique Paul Mulangu,
directeur du CIIA. Peu de gens avaient connaissance de personnes immigrantes racisées et francophones, ce qui compliquait encore davantage leur accès au marché du travail. » Plus de vingt ans plus tard, si la visibilité des communautés africaines francophones a progressé, les obstacles structurels persistent.

Arrivé en 2008 en pleine récession, Didier Amisi en a fait l’expérience. À la recherche de repères dans un nouvel environnement, il se tourne rapidement vers les ressources francophones. « Je voulais me rapprocher d’organismes francophones et c’est à ce moment-là que j’ai entendu parler du centre », raconte-t-il.
« Je me suis tout de suite senti accueilli et entouré. »

Comme pour de nombreux nouveaux arrivants, cet accompagnement initial s’avère déterminant. Le CIIA agit alors comme un premier point d’ancrage, facilitant les démarches essentielles à l’intégration. « On m’a aidé et orienté vers une école pour apprendre l’anglais, ce qui m’a ensuite permis d’accéder à une formation », explique Didier Amisi. Au-delà de l’apprentissage linguistique, le centre joue un rôle clé dans l’accès aux premières expériences professionnelles. « On m’a aussi proposé de faire du bénévolat aux Jeux olympiques d’hiver de 2010. Avant chaque entretien, un agent me donnait des conseils. Et j’ai fini par y devenir superviseur », ajoute-t-il.

Ce type de parcours illustre le rôle central que joue l’organisme dans l’accompagnement des nouveaux arrivants. « Une partie importante du travail consiste à expliquer aux nouveaux arrivants comment acquérir une première expérience canadienne et mettre en valeur leurs diplômes et certifications étrangers », souligne Paul Mulangu. Une étape souvent incontournable dans un système où les qualifications obtenues à l’étranger peinent encore à être reconnues à leur juste valeur.

Des ressources limitées face à une forte demande

Cependant, ces trajectoires de réussite individuelle ne doivent pas masquer une réalité plus complexe. Le marché de l’emploi en Colombie-Britannique demeure difficile d’accès pour de nombreux immigrants francophones. « C’est un combat permanent avec le système », résume Paul Mulangu. Entre exigences d’expérience locale, réseaux professionnels limités et manque de reconnaissance des compétences, les obstacles s’accumulent.

À ces difficultés structurelles s’ajoute un enjeu de ressources. Le CIIA doit faire face à une demande croissante, sans disposer des financements nécessaires pour y répondre pleinement. « Aujourd’hui, j’aide les nouveaux arrivants avec les moyens du bord », confie Didier Amisi, désormais bénévole au sein de l’organisme. Passé de bénéficiaire à accompagnateur, il constate au quotidien les limites de l’aide offerte, malgré la bonne volonté des intervenants. « La réalité est qu’il faut se créer un réseau, connaître du monde. Le centre y participe grandement pour les immigrants africains francophones », explique-t-il.

Le manque de débouchés économiques au sein même de la communauté francophone constitue un autre frein important. « L’entrepreneuriat francophone n’est pas assez développé pour proposer du travail à la communauté francophone grandissante », observe Didier Amisi. Une situation qui touche particulièrement les personnes d’origine africaine, déjà confrontées à d’autres formes d’inégalités sur le marché du travail.

Des défis communautaires et institutionnels

De son côté, le CIIA met également en lumière certaines dynamiques internes à la francophonie. « Il existe des formes de ségrégation », affirme Paul Mulangu, évoquant des divisions qui compliquent davantage l’intégration des immigrants africains. Dans ce contexte, l’organisme joue un rôle de passerelle, mais aussi de défense des intérêts d’une communauté souvent marginalisée.

Paul Mulangu est devenu un porte-parole emblématique pour la communauté africaine francophone.

Le centre a notamment dû faire face à la rupture soudaine d’un partenariat avec la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) dans le cadre de la réouverture des services à Emploi en C.-B., « sans explication claire », selon son directeur. Un épisode qui illustre, selon lui, les fragilités du tissu communautaire et les défis liés à la collaboration entre organismes.

Au-delà des services, c’est aussi un besoin de cohésion qui se fait sentir. « Ce ne sont pas juste des clients, ce sont des personnes qui ont besoin d’une communauté, d’être accompagnées et guidées », insiste Didier Amisi. « Je peux constater depuis mon arrivée que la communauté manque de liens, de relations. Ce manque d’unité nous affaiblit. » Un constat qui renvoie à des défis plus larges, liés à la structuration et à la solidarité au sein des communautés francophones en situation minoritaire.

Malgré ces nombreux obstacles, le CIIA demeure un point de repère incontournable pour de nombreux immigrants francophones africains. Dans un environnement où peu de services sont spécifiquement adaptés à leurs réalités, son action reste essentielle. Mais pour ses acteurs, une chose est claire : si l’accompagnement constitue une première étape indispensable, il ne peut à lui seul compenser les limites d’un système encore difficile d’accès.

Au moment de mettre sous presse, le journal La Source n’avait pas encore reçu une réponse de la part de la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB).

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