Communautés amies des enfants : pour des jeunes urbanistes et citoyens d’aujourd’hui

Photo de Society for Children and Youth of BC


Ildi Kovacs, doctorante à UBC, œuvre en faveur de la parole des enfants pour un urbanisme plus démocratique grâce aux Communautés amies des enfants. Rencontre avec une militante de la transversalité et perméabilité des domaines pour le progrès social.

Ce qui frappe quand on rencontre Ildi Kovacs la première fois, c’est son regard : la détermination qui l’habite. L’injustice sociale a toujours été au cœur des préoccupations de la
Hongroise issue d’une minorité ethnique de Transylvanie. Cependant, elle a aussi énormément de ressources et d’espoir ; elle a vécu son exil du pays face à la dictature comme une aventure. Son amour de la diversité est un véritable moteur.

« J’ai dû faire face très jeune à l’injustice sociale. Un jour, en maternelle, on m’a dit de ne pas jouer avec l’une de mes amies très proches, à cause de ses origines. C’est la première fois que je ressentais cette injustice », confie Ildi Kovacs. « En tant qu’immigrante, j’ai vu les effets de l’alcool, les abus. J’ai connu aussi les situations difficiles dans mon enfance. »

Ildi Kovacs, chercheuse.

Trio gagnant

Pour la chercheuse, environnement, urbanisme et éducation forment un trio indissociable, sinon le terreau d’une société démocratique.

« J’ai d’abord étudié la psychologie et la musique mais j’avais choisi l’environnement pour un semestre. Cela m’a fait constater à quel point il façonne l’être humain physiquement et socialement ; et donc, l’impact qu’il a sur l’enfance et les enfants. » explique-t-elle.

Elle déplore l’absence du droit à la nature : « Certains n’ont jamais vu les étoiles à cause de la pollution lumineuse. » Elle cite Richard Louv et ses travaux sur le lien profond entre les enfants et la nature.

Le concept de Communauté ou Ville amie des enfants n’est pas nouveau. La doctorante rappelle qu’il existe depuis les années 70, et que de façon générale, l’approche participative a émergé dans les années 60.

Une illustration du projet Children and Youth Friendly Communities. | Photo de Society for Children and Youth of BC

« En revanche, elle a été pensée par des hommes blancs de classe moyenne à ce moment-là. Aujourd’hui, il s’agit d’impliquer toutes les couches de la société dans ce travail, d’inclure la diversité pour tendre vers l’équilibre », affirme-t-elle.

Les jeunes, acteurs à part entière de la société

Le développement communautaire participatif vise à rendre le pouvoir aux citoyens. S’il est plus connu pour son application dans des domaines tels que l’environnement ou l’humanitaire, Ildi Kovacs a choisi de l’ancrer dans la proximité, en milieu urbain et par le biais de la pédagogie, en impliquant directement les jeunes. Son projet explore les histoires et les développements urbains : visites du quartier, réflexions sur son aménagement, travail sur des pistes d’amélioration… Pour la doctorante, connaître son environnement, c’est aussi pouvoir s’y ancrer.

Mme Kovacs travaille avec la Society of Children and Youth of BC pour le développement des Communautés amies des enfants, à l’instar du programme Urban Explorers. Ce projet, partie prenante de son doctorat, restitue ce qu’elle nomme la pédagogie participative en milieu urbain, dans les écoles sous la forme d’une quinzaine d’ateliers. Il met les jeunes au centre de ces questions, les rend acteurs du changement et leur fait trouver des solutions concrètes concernant le développement durable en milieu urbain.

« Généralement, on ne considère pas les enfants comme un groupe, on leur demande très peu leur avis. On doit les considérer comme des citoyens d’aujourd’hui mais pas seulement de demain », s’insurge Ildi Kovacs.

Créée dans les années 70, en lien avec la Convention du droit des enfants des Nations Unies, SCY of BC se donne pour mission de fournir des droits fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable ou à un logement décent, mais aussi leur opinion concernant la ville qu’ils voudraient avoir.

Ildi Kovacs tente aussi de susciter des rencontres entre jeunes issus de catégories socio-économiques différentes. Si le travail avec les enfants des Premières Nations et ceux issus de l’immigration est en premier plan, la doctorante souligne l’urgence de mélanger les groupes pour ouvrir le débat.

« Le redéveloppement de Jericho Lands, par exemple, constitue l’ouverture d’un dialogue entre tous les jeunes citoyens concernant la question de la restitution des terres aux Premières Nations, » conclut-elle.

Pour plus de détails sur le projet : www.scyofbc.org/projects

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