Pause nature le temps d’une exposition

Companion of Plum and Bamboo par Ren Zhong.

Deux oiseaux d’un blanc immaculé, aux ailes multicolores, posés sur une branche délicate mais accueillante, becs et yeux vers le ciel. En dessous peut se lire la mention Des ailes jumelles en route pour la gloire.

Le décor visuel et spirituel de Twin Wings to the Glory présenté à la Sunzen Art Gallery est posé. Entretien sur le style de peinture gongbi avec Viahsta Yuan, commissaire adjointe de l’exposition des tableaux de l’artiste chinois Ren Zhong.

Rendue populaire par ses supports sur rouleaux de soie, la peinture chinoise est généralement connue de tous. En revanche, rares sont ceux qui savent que, selon la technique utilisée, il existe plusieurs styles. Celui du gongbi, par exemple, est particulièrement peu connu. Sunzen Art est l’unique galerie qui lui est consacrée à Vancouver. Yuan le justifie par le fait que « par le passé, il y a eu des expositions sur des œuvres réalisées à l’encre de Chine, mais rarement de style gongbi. » C’est donc pour pallier à ce manque que la galerie Sunzen Art a vu le jour en 2002.

The Water Moon Guanyin
par Ren Zhong. | Photo de Ren Zhong

Le gongbi, que l’on peut traduire par « le pinceau soigneux » ou « le pinceau habile », se distingue par sa finesse et sa précision dans le détail. « Les détails et le contrôle de la perspective globale sont sans conteste les éléments clefs. À la différence de la peinture à l’huile qui peut s’appliquer en plusieurs couches superposées, l’encre utilisée est transparente et peut déborder très facilement. Cela ne laisse aucune marge d’erreur à l’artiste. Il faut qu’il soit totalement en contrôle et que, dès le départ, il ait une vision du rendu final » explique-t-elle. Et d’ajouter : « Cela requiert une très grande technique et beaucoup de patience en raison de la complexité du processus même de peindre. C’est très long. »

Une touche nouvelle

L’exposition est composée de 38 tableaux de cette technique traditionnelle mais à la mode contemporaine caractéristique de l’artiste de 43 ans. Yuan le décrit comme « l’un des artistes de ce style les plus importants en Chine. » « Il n’a pas seulement acquis la maîtrise absolue des techniques, il a également travaillé sur l’incorporation d’idées modernes dans ses œuvres. Si son travail peut sembler respecter les codes de prime abord, à y regarder de plus près, on peut voir les différences évidentes dans la composition, l’utilisation des couleurs, des techniques de dilution, entre son travail et ceux traditionnels. C’est une avancée qui se détache de la tradition mais qui reste une fusion harmonieuse. C’est tellement subtil, en retenue et délicat, tout comme la philosophie taoïste ancrée dans la vie de beaucoup de Chinois » développe-t-elle.

En effet, les historiens de l’art indiquent que la peinture chinoise est un art qui reflète la conscience chinoise. C’est moins la représentation visuelle de ce que l’artiste voit ou imagine que l’expression d’un mode de pensée. Elle se caractérise par la mise en avant de l’harmonie entre l’homme et l’environnement dans lequel il s’inscrit. Et le dynamisme de cette relation. Comme bien d’autres artistes, la portée symbolique des plantes et des paysages est donc le terreau fertile de Zhong, ce que l’on perçoit clairement sur les deux étages de l’exposition.

Un artiste baigné dans la nature

« J’ai grandi à Yinchuan, dans la province Ning Xia du nord de la Chine. Ce dont je me souviens le plus, c’est toute cette neige, et le vent glacial en hiver. Je suis tombé amoureux du bambou hivernal, j’ai été touché et inspiré par sa ténacité à toute épreuve. J’adore être dans la nature. Je pourrais regarder un oiseau ou une plante pendant des heures sans discontinuer » dit l’artiste. « La nature du gongbi requiert cette observation de ma part et la nécessité de prêter attention au moindre détail » précise-t-il.

Sur sa routine créative, il répond peindre « de manière assez libre, quand l’inspiration se présente ». « Parfois je peux commencer quatre ou cinq tableaux en même temps. Mais cela dépend avant tout de mon état d’esprit. Je pars dans la nature pour observer mais l’art a besoin d’imagination. Chaque fois que je me lance, je vois la scène comme un film dans ma tête. Je vois l’oiseau voler au cœur de la forêt de bambou, s’arrêter sur une branche, secouer la neige de ses plumes, et je rends compte de cette vision ».

Sur la place de cette exposition dans le monde actuel et le message que les commissaires cherchent à faire passer, Yuan souhaite que « par le biais des moments de retraite et de sérénité dépeints, le public arrive à se retirer lui aussi des distractions de la vie urbaine, ne serait-ce qu’un certain temps, pour se réconcilier et accueillir à bras ouverts la beauté de la nature et les esprits qui y résident ».

Zhong, quant à lui, espère que le public sera intéressé par l’art chinois, sa culture et la riche histoire qui l’ont formé ». Car pour lui « les techniques sont juste des outils. L’art devrait être une représentation de la pensée de l’artiste, ses croyances et émotions, et le processus de recherche de celles-ci est plus difficile que la maîtrise des techniques ».

Pour ceux désireux d’une pause nature en centre-ville, profitez de la tranquillité et la sérénité offerts par l’exposition Twin Wings to the Glory de Ren Zhong avant le 21 février.
www.sunzen.ca
Entrée libre.

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