Sur l’avenir de la langue française dans le monde

Le français a déjà été une langue avec un déploiement mondial sur tous les continents. Et partout où la langue française s’était installée, elle eut des fervents adeptes qui l’ont investie dans leurs vies professionnelles et émotives. Le français a eu de beaux jours dans les colonies françaises au Moyen Orient et en Asie telles le Liban, le Vietnam, le Cambodge et le Laos. Il s’est établi avec force dans plusieurs pays africains comme le Sénégal, la Guinée et le Mali et en Amérique dans la Louisiane, le Canada et plusieurs pays des Caraïbes. Vous concédez avec moi qu’il eut une expansion performante.

Malheureusement, la vision limitée des politiciens français n’a pas permis à la France de conserver ses avantages linguistiques. Les coins stratégiques qui pouvaient servir de zone d’influence ont été vendus ou abandonnés. Le cas de la Louisiane aux États Unis. Résultat, le français piétine partout, contrairement à la musique politique qui dissimule la vérité. Par exemple, la seule province francophone du Canada, le Québec, suffoque et perd du terrain au profit de l’anglais. Dans les pays francophones africains, la situation n’est guère reluisante. Malgré une démographie galopante, le français n’y est parlé que par très peu de gens, en partie à cause des systèmes éducatifs en décrépitude et des économies en décadence que la France, avec la complicité de ses dirigeants, pille sans vergogne. Certes que des économies languissantes ne peuvent soutenir le français qui n’attire plus qu’une minorité d’irréductibles.

Cependant, la langue française a encore quelques atouts dans ses coffres : les pauvres et les écrivains. Il faut noter que les pauvres constituent une force qui continue à soutenir le français car accrochés à l’espoir des meilleurs lendemains que leur miroitent les politiciens. Par ailleurs, ils n’ont pas les moyens de s’insérer dans l’économie globale, dominée par l’anglais, qui exige énormément de compétences. Les écrivains, éternels porteurs d’espoir, sont sur tous les fronts pour affirmer que la langue de Molière est vivante et progresse. Ils déploient leurs plus beaux mots pour entretenir le dernier souffle d’une langue qui se meurt. Ils en sont les griots qui chantent son folklore. Ils ont peur de porter à la connaissance des francophones du monde entier que, si des efforts considérables ne sont pas consentis, le français sera d’ici quelques décennies une des langues mortes dont nos descendants parleront avec nostalgie.

Cette belle langue fait face à quelques menaces très sérieuses.

Cette belle langue fait face à quelques menaces très sérieuses. Le premier est celui du désengagement progressif des jeunes francophones envers le français partout dans le monde. La langue française n’attire plus de nouveaux adeptes car elle n’offre plus aucun espoir de mobilité sociale. Et même quand on observe quelques avancées dans le nombre de francophones et francophiles dans certains pays, c’est sans émotion et détermination qu’ils sont prêts à s’investir dans l’action de sa préservation. Il faut donc qu’on se le dise, avec l’agonie socioéconomique et politique des pays francophones, le français continuera à perdre de son lustre.

Notons aussi que la langue française paie le prix de l’indifférence et du désengagement de la France envers les pays francophones africains. Peut-être parce que ceux et celles qui y parlent français sont des personnes racisées dont la France a peur pour éviter le « remplacement », un discours cher à la droite française. Et pourtant, il semble évident que le refus d’émanciper les personnes de couleur entraînera à coup sûr le naufrage de la langue française.

Une autre menace est à trouver dans l’égoïsme de la classe moyenne des pays francophones riches. Celle-ci a les moyens d’influencer durablement les politiques française, belge, canadienne et suisse pour que leurs élites politiques et économiques s’engagent fortement et durablement sur d’autres continents aux populations racisées. C’est une évidence qu’une langue progresse en partie lorsque ses locuteurs se l’approprient dans l’éducation, le travail, la culture et les échanges. Or ces éléments ne peuvent prendre racine que dans des économies relativement prospères. Par exemple, plusieurs jeunes Africains constatent avec désarroi que les pays francophones riches leur refusent des visas d’étudiants étrangers. Par ailleurs, la France n’apporte aucune importance à ses zones d’influence. Comment pouvons-nous alors nous imaginer le français survivre dans des conditions de myopie politique qui consistent à se faire expulser du Rwanda et du Congo-Kinshasa ?
Le Rwanda se déclare officiellement anglophone mais bénéficie du poids politique de la France pour propulser le Rwanda à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie. Qui peut y comprendre quelque chose ?

Une autre menace, peut-être la plus significative celle-là, est celle du désengagement viscéral d’un nombre de plus en plus grand d’intellectuels des pays francophones pauvres. La maltraitance des pays francophones par la France au cours de plusieurs décennies a fini par marquer au fer les esprits des intellectuels qui pourtant ont placé beaucoup d’espoir dans la cohabitation avec la France. Malheureusement, les politiques françaises n’ont pas permis d’élever le niveau de vie des populations francophones et leur sens de dignité, entraînant du même coup la détérioration de la relation émotive des populations francophones envers le français et la France.

Chaque pays aura besoin d’une stratégie particulière pour assurer sa francophonie.

Que faire, pour ce qui est du Canada ?

Aider les pays francophones africains à lancer des économies florissantes qui auront des effets d’entraînement sur la vitalité du français.

Développer une politique d’immigration francophone soutenue qui consisterait à attirer sur les deux continents des millions de gens qui apprendront à se connaître et s’apprécier à travers le vivre ensemble en français.

Mambo T. Masinda, PhD, vit à Surrey BC.

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