« The lost fleet », une chronique de la xénophobie

Les bateaux des pecheurs canadiens japonais regroupés. 10 Decembre 1941. | Photo de Library and Archives Canada

Depuis le 24 mars 2017, le musée maritime de Vancouver propose à ses visiteurs une exposition éclairante sur la situation des immigrants japonais dans la société canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale. Le tout au travers d’un événement marquant du monde naval, bien évidemment.

Prenant comme départ la confiscation de bateaux de pêcheurs japonais, l’exposition relate l’histoire des immigrants japonais de Colombie-Britannique ainsi que des épreuves qu’ils ont dû affronter dans leur quête d’une vie meilleure.

The Lost Fleet met en lumière le rôle déterminant qu’a joué la xénophobie de l’époque dans cet événement. Au travers de photos, de répliques miniatures et autres artefacts, l’exposition entraîne le visiteur sur le chemin difficile de l’intégration des immigrants japonais et tente de le sensibiliser au danger de la peur de l’autre.

Les victimes de l’après Pearl Harbor

Le 7 décembre 1941, les Japonais attaquent Pearl Harbor et entraînent les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale. À 2 000 milles de là, les effets de cette attaque ne se font pas attendre. Les vies de dizaines de milliers de personnes sont sur le point d’être bouleversées.

Un marin canadien confisquant un bateau de pécheur d’un canadien d’origine japonaise, New Westminster, Colombie-Britannique, 29 Decembre 1941. | Photo de Library and Archives Canada

Le 29 décembre, les pêcheurs d’origine japonaise de la côte ouest canadienne se voient confisquer presque 1 200 de leurs bateaux, qui seront ensuite revendus aux conserveries et à des pêcheurs blancs, avant d’être déportés. Comment cette injustice a-t-elle pu se produire ?

Une intégration inexistante

Dès le début, les Canadiens japonais font face à la discrimination et se voient refuser les pleins droits de la citoyenneté. À ce moment, les ressortissants sont principalement des hommes, en majorité des fermiers ou des pêcheurs, des rêves plein la tête. Mais les rêves se transforment vite en cauchemars.

Des lois leur interdisent de travailler dans les mines, dans la fonction publique et dans les professions libérales. Ils n’ont que des postes médiocres et un salaire inférieur à celui des Blancs.

En 1895, ils sont privés du droit de vote. Le nombre de permis accordés aux pêcheurs canadiens d’origine japonaise est réduit. Le racisme s’accroît et, le 7 septembre 1907, l’hostilité éclate à l’égard des immigrants asiatiques. Une foule haineuse détruit les logements et les magasins de Canadiens d’origine asiatique du quartier japonais et du quartier chinois de Vancouver.

Lorsque les émeutiers arrivent dans le quartier japonais, ils sont repoussés avec succès par des vétérans japonais. Les suprémacistes blancs créent le « péril jaune » et lancent l’idée que le Japon aurait une armée cachée au Canada. Dès lors, les Canadiens d’origine japonaise, exclus de la société canadienne, se
regroupent et créent leurs propres institutions sociales, religieuses et économiques. Même bien instruits et possédant la citoyenneté, ils sont incapables de trouver un emploi à l’extérieur de leur communauté. Certains sont obligés de chercher du travail au Japon.

The lost fleet et le reste

C’est dans ce contexte tendu que survient l’attaque de Pearl Harbor. C’est à cause de la xénophobie ambiante que les Canadiens sont si prompts à confisquer les bateaux et tous les biens des canadiens d’origine japonaise et à les envoyer dans des camps.

Le 25 février 1942, à peine douze semaines après Pearl Harbor, le Cabinet fédéral ordonne le déplacement de tous les Canadiens d’origine japonaise résidant à moins de 160 km de la côte du Pacifique. Pas moins de 20 881 hommes, femmes et enfants, dont 75% de nationalité canadienne, sont déportés.

Plus de 8 000 d’entre eux sont envoyés dans un camp de détention temporaire, notamment à Hastings Park à Vancouver. La communauté canado-japonaise de Colombie-Britannique est détruite.

« D’autres immigrants asiatiques ont malheureusement dû faire face au racisme après avoir immigré au Canada. Cependant, aucun autre immigrant n’a enduré autant d’épreuves suite à la Deuxième Guerre mondiale que ceux venant du Japon », commente John Tak, vice-président de la Canada-Japan Society of British Columbia.

La situation s’améliore

Le 1er avril 1949, les Canadiens japonais regagnent leur liberté, puis le droit de vote. En 1988, le premier ministre canadien s’est excusé pour cette injustice et les victimes ont été indemnisées. Mais il faut attendre 2012, pour que le gouvernement de la Colombie-Britannique présente ses excuses pour son rôle dans leur internement et leur expropriation.

De nos jours, on peut trouver des Canadiens d’origine japonaise de toutes classes et de tous métiers, mais il y a encore beaucoup à faire pour éradiquer la peur de l’autre.

Pour embarquer sur The Lost Fleet et naviguer sur le chemin de la tolérance, rendez-vous jusqu’au
25 mars 2018 au Vancouver Maritime Museum.

L’immigration japonaise au Canada

Le premier immigrant japonais arrive au Canada en 1877 et choisit la Colombie-Britannique comme nouveau foyer. Il se nomme Manzo Nagano et il représente le début de l’immigration japonaise au Canada.

Aujourd’hui le pays compte au moins 85 000 personnes d’origine japonaise dont plus de 90% vivent en Colombie-Britannique, en Ontario et en Alberta.

Les immigrants de première génération sont appelés Issei. La deuxième génération est appelée Nisei et la troisième Sansei.

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