De l’or pour les blessures

« La poterie Kintsugi est un symbole de la résilience humaine et de l’acceptation de nos histoires et souffrances personnelles. Tout comme les fissures dans la céramique, les défis et l’histoire d’une personne devraient être célébrés comme des aspects importants de la vie et de l’identité », avance Naoko Fukumaru.

Dans la nouvelle exposition Imperfect Offerings de la Richmond Art Gallery, ouverte du 26 juin au 22 août 2021, la céramiste invite à redécouvrir le Kintsugi, cet art japonais qui souligne les cassures de poteries par des lignes dorées et transforme les blessures du quotidien en un art unique célébrant la résilience et l’individualité.

L’artiste vancouvéroise d’origine japonaise Naoko Fukumaru. | Photo de Naoko Fukumaru

Guérir de ses blessures

L’artiste japonaise, basée à Vancouver, a d’abord été formée aux techniques de restauration occidentales de poterie, qu’elle a pratiqué pendant plus de vingt-cinq ans. Dans l’art occidental, restaurer signifie masquer les craquelures, maquiller les défauts causés par le temps et l’usure. « Complètement à l’opposé du Kintsugi », ajoute Naoko Fukumaru. C’est au Canada et quasiment par accident que l’artiste japonaise se tourne vers le Kintsugi. « Je connaissais le Kintsugi depuis longtemps mais je n’étais pas assez brisée pour comprendre la beauté et la philosophie du Kintsugi. », raconte Naoko. En mars 2019, elle reçoit par erreur un courriel d’une artiste céramiste de Colombie-Britannique qui indique : « Je suis désolée d’avoir manqué votre atelier de Kintsugi la semaine dernière et je veux que vous m’ajoutiez à la liste pour le prochain atelier. » Naoko Fukumaru ne pratiquait pas cet art au moment où elle reçut ce message fortuit, mais voit dans ces quelques mots l’occasion qu’elle cherchait pour guérir de ses blessures sentimentales. « J’étais tellement brisée et au plus bas de ma vie lorsque j’ai reçu ce courriel…car ma relation personnelle longue de vingt-et-un ans venait de prendre fin. Je me suis dit que je ne savais pas comment pratiquer le Kintsugi mais que je pouvais le maîtriser et donner [à la céramiste] un atelier », explique l’artiste. Elle commanda alors d’urgence des livres du Japon et commença à apprendre ce nouveau savoir-faire. Fascinée par cet art japonais de la poterie qu’elle redécouvre en Colombie-Britannique, Naoko Fukumaru se plonge alors dans l’apprentissage des techniques et de la philosophie derrière cet art ancien de l’archipel nippon. « Six mois plus tard, je maîtrisais la théorie et j’étais prête à commencer à pratiquer avec des matériaux Kintsugi authentiques du Japon », précise l’artiste.

La pratique du Kintsugi. | Photo de Naoko Fukumaru

Acceptation de soi

Au même moment, Naoko Fukumaro fait des recherches pour comprendre comment elle est devenue récipiendaire de ce message à propos d’atelier manqué. Elle découvre alors qu’elle doit cette miraculeuse retrouvaille avec cet art japonais à une confusion de la part du Tidal Art Center, un espace créé pour le développement des arts de la poterie en Colombie-Britannique. Émue, Naoko Fukumaru se rend alors à ce centre pour les remercier de lui avoir fait redécouvrir le Kintsugi par erreur et leur demander une résidence artistique pour exercer cet art en précisant qu’il fallait que ce soit chez eux, car elle ne ferait aucun compromis. Une fois acceptée, l’artiste se voit accorder une résidence de neuf mois. Naoko Fukumaru offre alors sa nouvelle maîtrise du Kintsugi au service de la communauté par les ateliers qu’elle anime.

« À la fin de ma résidence, je me suis rendu compte que je ne pleurais plus tous les jours et j’ai commencé à voir la lumière entrer dans ma vie. C’est ainsi que je suis devenue une artiste Kintsugi », raconte-t-elle. Naoko Fukumaru avait, en dorant les cassures de céramique, appris à accepter, guérir et dépasser ses propres blessures. Le Kintsugi permet d’accepter la fragilité et les imperfections des objets du quotidien en les magnifiant, mais autorise également une plus grande acceptation de soi, de ses souffrances et de ses défauts comme autant d’éléments qui rendent chaque personne unique et qui font partie intégrante de l’identité de chacun.

Dans l’art occidental, restaurer signifie masquer les craquelures, maquiller les défauts causés par le temps et l’usure. | Photo de Naoko Fukumaru

Relier les générations

Par le biais de plus de 230 œuvres exposées dans Imperfect Offerings, la céramiste présente le Kintsugi d’hier à aujourd’hui, démontrant que cet art est toujours plus pertinent et éloquent. En collaborant avec des artistes potiers vieillissants de Colombie-Britannique tels que Glenn Lewis, Michael Henry, Charmian Johnson, Heinz Laffin ou encore Wayne Ngan, qui ont été sources de conseils et d’inspiration, Naoko Fukumaru transcende les conventions de cet art ancien et relie les influences culturelles et les générations sous les lignes dorées de son pinceau.

Le plus grand défi reste de comprendre la cassure elle-même, afin de pouvoir l’inclure dans une nouvelle œuvre qui respecte et magnifie l’objet d’origine, car le Kintsugi est avant tout un processus, fondé sur l’acceptation et le respect. « Je pense que le Kintsugi ne peut être un vrai Kintsugi sans amour et sans soin », conclut l’artiste.

Pour plus d’information visitez le : www.richmondartgallery.org

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