La francophonie peut s’exprimer aussi par des arbres ambulants dans les Kootenays Ouest

À l’heure du numérique, où les réseaux relient tous à chacun, et de par le monde, l’Association des francophones des Kootenays Ouest (AFKO) a lancé un projet original pour rassembler physiquement les francophones. Qu’est ce qui représente la francophonie pour les francophones et comment l’exprimer ?

La réponse est venue sous la forme d’un arbre composé de panneaux de bois destinés à voyager à travers la province et aux feuilles duquel sont gravées les représentations de messages exprimant la francophonie des participants au projet.

« On voulait relier les gens physiquement, qu’ils partagent ce que c’est pour eux d’être francophones et qu’ils l’expriment », explique Amélie Sauquet, coordinatrice du projet pour l’AFKO.

L’idée de l’arbre s’est imposée au terme d’une réflexion dont le but était d’offrir un moyen inédit d’exprimer ce que signifie être francophone dans l’Ouest canadien. Les plans de l’arbre ont été réalisés par l’artiste, et luthier, Jérémie Gurvan, et c’est le chargé de projet de l’AFKO, Mohammed Koné, qui s’est occupé du recueil des témoignages des francophones de la région. Adultes et élèves des Kootenays Ouest, tous ceux qui le voulaient pouvaient apporter leur pierre à l’édifice, ou en l’occurrence, leur feuille à l’arbre. La réalisation des éléments de l’arbre et de la gravure a été faite par le Centre d’accès à la technologie de Selkirk. Sur chacune des feuilles se trouvent un texte et un dessin qui illustrent les réponses des 175 participants.

Un moyen inédit d’exprimer ce que signifie être francophone dans l’Ouest canadien. | Photo de l’Association des francophones des Kootenays Ouest

Des mots bruts, simples et authentiques

« Certaines réponses étaient attendues », continue Amélie Sauquet, « pour beaucoup, leur francophonie s’exprime par le biais d’un membre de leur famille, leur mère, ou leur grand-mère, mais parfois aussi par la tarte au citron de la grand-mère, ou par une odeur ou un objet particulier (…). Nous avons aussi eu des réponses surprenantes, comme cet élève qui identifie sa francophonie aux pissenlits qui poussent dans la cour de son école, ou encore ce jeune garçon pour qui la francophonie est représentée par le loup ‘parce qu’il est fort et dangereux’ »

Grâce à cet arbre, on se rend aussi compte de la diversité des francophones de la région. Certes, on en retrouve beaucoup qui viennent du Québec, ou sont Acadiens, mais on trouve aussi des Français, des Américains, des Africains, ou plus rare encore, des descendants de Premières Nations dont l’un des parents parlait la langue de Corneille et de Bossuet.

L’arbre a pris la route le 16 juin pour visiter diverses bibliothèques de la région où il restera à chaque fois une quinzaine de jours, dans une tournée qui se terminera avec les vacances scolaires. Cependant il y a des chances qu’il n’en reste pas là. En effet, le projet intéresse aussi d’autres francophones de la province, dont ceux de la région de Vancouver. L’AFKO se propose d’envoyer les plans de l’arbre à ceux qui désirent poursuivre l’expérience.

Un projet à partager avec les Premières Nations ?

D’autres personnes se sont montrées intéressées par le concept, dont au moins une personne membre des Premières Nations. Amélie Sauquet continue ses explications : « L’idée de cette personne est de créer des arbres similaires pour les Premières Nations, de façon à graver les noms des enfants disparus dans les pensionnats autochtones pour, en quelque sorte, exorciser le souvenir de ceux qui ont disparu, mais aussi pour rendre hommage à leur mémoire », un sujet terriblement d’actualité après les macabres découvertes de Kamloops et de Cranbrook (où les restes de respectivement 215 et 182 enfants ont été découverts récemment). Au passage, notons que Cranbrook se situe dans les Kootenays Est, ce qui en fait les voisins directs de l’AFKO.

L’arbre a pris la route le 16 juin pour visiter diverses bibliothèques de la région. | Photo de l’Association des francophones des Kootenays Ouest

Devant le succès de leur idée, l’AFKO a ouvert une page Instagram chargée de suivre les progrès de leur Arbre ambulant, et ne rejette pas l’idée de faire plusieurs arbres similaires dans le futur, peut-être à partager avec les autres associations de la province. « On pourrait aussi faire quelque chose de drôle : suivre l’évolution des gens qui ont témoigné sur le premier arbre et leur reposer la question dans dix ans », continue Amélie Sauquet avec une pointe d’espièglerie dans la voix. Comment leur francophonie va-t-elle évoluer ? Voici une question qui pourrait intéresser à la fois les historiens et les sociologues, et qui en dirait long sur l’évolution de la langue dans l’Ouest canadien.

Pour plus d’information visitez le : www.afko.ca

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