Carnet d’histoire : Tommy Douglas et l’assurance-maladie, une grande page sociale de l’histoire du Canada

Comme plusieurs autres pays après la guerre, le Canada investit dans des programmes sociaux et des projets d’infrastructures pour préserver et partager sa prospérité. C’est l’intervention de l’État qui permettra d’assurer la croissance et d’éviter les récessions, affirme l’économiste britannique John Maynard Keynes. Les Canadiens réclament des actions gouvernementales pour obtenir des soins de santé et une sécurité économique. Personne ne veut revivre les affres de la Grande Crise.

À la veille des célébrations de la fête du Canada le 1er juillet 2022, retour sur le parcours et le legs de Tommy Douglas.

Bible de Tommy Douglas avec notes. | Photo de Musée canadien de l’histoire

Élu à la tête de la Fédération du Commonwealth coopératif (l’ancêtre du Nouveau Parti démocratique), Tommy Douglas devient le premier chef d’un gouvernement socialiste en Amérique du Nord. Il occupe le poste de premier ministre de la Saskatchewan de 1944 à 1961. Son gouvernement instaure le premier régime public provincial d’assurance-maladie au Canada en 1961. En 1966, le gouvernement fédéral de Lester B. Pearson adopte une loi semblable, la Loi sur les soins médicaux, qui étend le régime universel d’assurance-maladie à l’ensemble du pays.

Les programmes sociaux

Prestations de retraite, régime d’assurance-emploi, allocations familiales… De nombreux programmes sociaux voient le jour ou sont consolidés dans les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale.

Les allocations familiales

À compter de juillet 1945, les mères d’enfants de moins de 16 ans reçoivent chaque mois un chèque d’allocations familiales. Le pouvoir d’achat et le niveau de vie des familles sont en hausse.

Les prestations de retraite

En 1952, tous les Canadiens de plus de 70 ans deviennent admissibles à des prestations de retraite du gouvernement fédéral. D’autres programmes, comme le Régime de pensions du Canada et le Régime des rentes du Québec, suivront en 1966.

L’assurance-emploi

Un régime d’assurance-emploi est instauré au Canada en 1940. Il sera élargi dans les années 1950, puis à nouveau dans les années 1960. Le Régime d’assistance publique du Canada assure des niveaux de revenu minimums aux Canadiens pendant les périodes de chômage.

Le régime d’assurance-maladie

De 1957 à 1966, le gouvernement fédéral met en œuvre un programme universel d’assurance de soins médicaux financé par l’État, l’actuel régime d’assurance-maladie.

Les infrastructures

Durant les années 1950 et 1960, les divers ordres de gouvernement investissent dans des projets de grande envergure comme les barrages hydroélectriques, la voie maritime du Saint-Laurent et la route Transcanadienne.

Encourager la culture canadienne

Le gouvernement fédéral étend son action du côté de la culture et de l’identité. Craignant l’influence des États-Unis, il crée la Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, des lettres et des sciences au Canada, sous la présidence de Vincent Massey. Déposé en 1951, son rapport y va de recommandations détaillées prônant un soutien gouvernemental accru aux institutions et aux établissements de formation du secteur des arts et de la culture. Créé en 1957, le Conseil des arts du Canada financera des milliers d’artistes, d’écrivains et d’interprètes.

Une Bible ordinaire… pas si ordinaire

En quoi l’humble Bible que possédait Tommy Douglas, tirée à des millions d’exemplaires, est-elle si unique ? C’est qu’elle a été non seulement le ferment de sa vie spirituelle, mais aussi de son action sociale et de son engagement politique, comme en font foi les nombreux soulignements, annotations et pages cornées de cette Bible, la seule qu’il ait jamais possédée.

En effet, aux yeux de cet Écossais dont la famille s’installe à Winnipeg en 1919 (l’année de ses 15 ans), le christianisme est une religion sociale qui vise autant à améliorer la vie ici-bas qu’à la préparer dans l’au-delà. Cette croyance, appelée la Social Gospel, aura une profonde incidence sur son parcours.

Déjà en 1919, l’adolescent est témoin de la grève générale qui secoue Winnipeg. Issu d’une famille pauvre, mais fière et croyante, il s’en montre le digne héritier. Actif dans l’église baptiste, il décide de devenir pasteur. C’est chose faite en 1930. Il exerce son ministère à Weyburn, en Saskatchewan, éprouvée par la crise économique et la sécheresse. L’action politique lui paraît vite incontournable pour soulager ses semblables.

Il laisse la chaire en 1934 pour se faire l’apôtre des Canadiens ordinaires par la tribune politique. Élu député fédéral de Weyburn en 1935, c’est en politique provinciale qu’il fait d’abord sa marque. Il sera premier ministre de la Saskatchewan de 1944 à 1961, sous la bannière de la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), un parti ouvertement socialiste. Cela fait de lui le premier chef d’un gouvernement socialiste en Amérique du Nord. Il démissionne en 1961 pour œuvrer à Ottawa et cofonder le Nouveau Parti démocratique (NPD), qui succède à la CCF. Il en sera le chef jusqu’en 1971, puis il est nommé critique en matière d’énergie jusqu’à son retrait de la vie publique, en 1979.

Les Canadiens lui doivent le premier régime provincial d’assurance-maladie au pays, qui voit le jour en 1961, ainsi que la première Déclaration des droits au Canada.

« L’apport de Tommy Douglas à la vie politique est inestimable, souligne Xavier Gélinas, conservateur à la division d’histoire politique canadienne du Musée canadien des civilisations. Au total, on lui doit une centaine de lois, dont on peut dire que plusieurs ont façonné l’identité canadienne. »

Source: https://www.museedelhistoire.ca/salle-de-lhistoire/tommy-douglas-assurance-maladie/

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