L’espace déconstruit… et reconstruit

Transcender les grilles et les plans architecturaux pour mieux comprendre comment l’homme interagit avec l’espace vécu, le « chez-soi ». Dans sa nouvelle exposition Through the Lattice, la Surrey Art Gallery propose d’aborder le sujet de l’espace occupé, vécu, confiné en multipliant les points de vue mais aussi les supports artistiques. Ouverte en accès libre du 21 janvier au 26 mars 2023, cette exposition multimédia invite le spectateur à réfléchir sur la façon dont chacun modifie, aménage, perçoit et évolue dans son environnement, sa maison.

Les récentes périodes de confinement dues à la pandémie ont permis de prendre conscience de l’importance de la maison, du chez-soi. Le confinement a aussi permis de réaliser à quel point l’absence de grand air, d’extérieur, peut affecter chaque personne. L’exposition Through the Lattice explore justement ce nouveau rapport à l’espace habité à tout moment, en rassemblant les œuvres de sept artistes d’horizons différents.

Une oeuvre du sculpteur David Umemoto. | Photo par David Umemoto

Le commissaire d’exposition, Rhys Edwards, explique sa démarche grâce au titre : J’ai choisi ce titre parce que je voulais mettre l’accent sur la relation entre l’intérieur et l’extérieur, et entre le moi et le monde. De plus en plus, dans l’architecture, l’art et le design, nous assistons à la rupture de la barrière entre l’intérieur et l’extérieur, et l’art est un moyen de réfléchir à cette rupture », ajoutant que de nombreuses œuvres de Through the Lattice sont l’expression de cette déconstruction entre dehors et dedans.

Architecture et matériaux

David Umemoto. | Photo par David Umemoto

En multipliant les supports et les approches, l’exposition offre une grande diversité de points de vue artistiques sur la façon dont le décor, l’architecture et les matériaux utilisés affectent notre perception de l’environnement, ou comment chacun rêve de sa maison « idéale ». Et le choix de ces décors et matériaux dépend également des moyens de chacun. Les artistes ont eux aussi dû s’adapter dans leurs ateliers. Les œuvres de David Umemoto, artiste francophone basé à Montréal, sont reconnaissables par leur géométrie et le recours au béton, comme pour Déambulatoire No8 exposée dans le cadre de Through the Lattice. David Umemoto utilise sa formation et son expérience en architecture pour faire apparaître des dédales modernes. Mais pendant la pandémie, le béton, d’habitude synonyme de créativité à bas coût pour l’artiste, est devenu inaccessible. « Un peu comme tout le monde, j’étais un peu mis à l’arrêt donc je n’avais plus accès à mon studio comme je voulais pour produire des pièces en béton », explique -t-il. Mais les contraintes matérielles ont permis à l’artiste d’essayer d’autres matériaux et se lancer dans de nouveaux projets, en en utilisant de plus légers, en deux dimensions. « Cela a commencé avec le papier que je peux faire sur ma table de cuisine puis, par la suite, tout ce qui est feuilles de métal [et] acrylique », précise l’artiste, qui a utilisé des feuilles translucides d’acryliques pour créer des oeuvres à la fois plus légères et plus monumentales. L’œuvre grand format Digital Architecture, comme un temple de feuilles d’acrylique translucides, a ainsi vu le jour pendant la pandémie. La lumière peut alors traverser cette pièce architecturale, éclairant chaque recoin de cette bâtisse artistique Mais les murs d’acrylique reflètent aussi certains faisceaux lumineux selon l’angle, ce qui peut ainsi donner au spectateur l’impression d’observer l’œuvre à la fois de l’intérieur et de l’extérieur, d’explorer le bâtiment « à travers le réseau » de feuilles d’acrylique.

Création de sens

Les œuvres sélectionnées et exposées dans Through the Lattice permettent ainsi de dépasser la simple représentation d’habitations pour ouvrir une réflexion plus philosophique sur ce que peuvent offrir ces bâtiments aménagés par et pour l’homme. « Je pense que cette exposition démontre que les maisons et les logements ne sont pas simplement les lieux dans lesquels nous vivons, mais des sites fondamentaux, axiomatiques, créateurs de sens », raconte Rhys Edwards, rappelant aussi que ces espaces qui permettent la libre expression de soi, de sa famille, de ses souvenirs, de ses ambitions futures, ne sont pas un acquis pour tout le monde. « Il me semblait important, lors de l’élaboration de cette exposition, de réfléchir au fait que de nombreuses personnes n’ont pas de maison. J’ai donc choisi de me concentrer davantage sur l’idée de “domicile”, les lieux que les gens habitent, par choix ou par hasard », explique Rhys Edwards. Les œuvres de Through the lattice expriment alors une quête de sens, d’idées culturelles et philosophiques liées aux habitations telle que l’héritage, la sagesse ou l’harmonie. Tout comme les arches architecturales de David Umemoto qui sont, pour l’artiste, l’essence même de la connexion entre deux points.

Les œuvres de Through The Lattice expriment aussi bien cette recherche d’équilibre et de sens tout comme les difficultés à les atteindre.

Pour plus d’informations sur l’exposition, visitez : www.surrey.ca/arts-culture/surrey-art-gallery/exhibitions/through-lattice

Pour plus d’informations sur le travail de David Umemoto, visitez : www.davidumemoto.com

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