Lorsque cowboys et réfugiés syriens se rencontrent sur les plaines de l’Alberta

Le festival du film MENA accueillera Jasmine Road, du 21 au 27 novembre, un long métrage qui retrace l’installation d’une famille de réfugiés syriens dans le far-ouest albertain. Le réalisateur et producteur, Warren Sulatycky, ainsi que les actrices Aixa Kay et Melody Mokhtari, se livrent sur les dessous de ce film sublime où s’entrelacent drame, espoir et magie.

Après cinq ans de dur labeur, Warren Sulatycky a réussi son pari : réaliser un film où se mélange la culture des cowboys de l’Alberta à la culture arabe, venu tout droit d’Alep. Jasmine Road suit l’histoire d’une famille syrienne qui, après avoir quitté les camps de réfugiés, s’installe au Canada. Progressivement, un lien d’amitié inattendu se tisse entre les réfugiés syriens et Mac, un rancher « dur-à-cuire » des plaines albertaines. La cohabitation de ces deux cultures que tout semble éloigner se reflète dans la musique du film qui mêle magnifiquement guitare folk, chants arabes et instruments du Moyen-Orient.

Un film où se mélange la culture des cowboys de l’Alberta à la culture arabe, venu tout droit d’Alep. | Photo de Warren Sulatycky

Dénoncer le racisme

En 2015, Donald Trump annonce la construction d’un mur qui bloquera l’entrée des migrants aux États-Unis. Peu de temps après, il signe un décret qui suspend le programme d’admission des réfugiés sur le territoire, alors même que la guerre en Syrie ne cesse de détruire et de tuer. En entendant ces nouvelles, Warren Sulatycky ne peut rester les bras croisés. Il décide d’utiliser le septième art pour conscientiser face à l’intolérance et diffuser un message humain d’ouverture à l’autre.

Le racisme est en effet un thème central du film qui a lieu dans une petite ville de l’Alberta où les protagonistes syriens font face aux préjugés et à l’intimidation, parfois violente, de ses habitants. Si l’histoire se déroule au Canada, c’est pour rappeler que le racisme est loin d’être une problématique uniquement américaine. Aixa Kay, qui joue la mère Layla, témoigne d’ailleurs d’une expérience malheureuse survenue sur le tournage en Alberta : « On est entrés dans un établissement pour passer la nuit. C’était vraiment comme une scène du film. Il y avait tous ces cowboys qui avaient les yeux rivés sur Melody, Ahmed et moi-même », raconte l’actrice d’origine saoudienne.

Donner une voix

Dans Jasmine Road, Warren Sulatycky souhaitait raconter les histoires trop peu contées des nouveaux arrivants au Canada. Il explique que la « route », à laquelle renvoie le titre du film, est en référence au long chemin que doivent encore parcourir les réfugiés après leur arrivée dans le pays d’accueil. Par souci d’authenticité, le réalisateur a investigué le sujet pendant des années. Il a collaboré avec plusieurs centres de réfugiés à Calgary et confie même s’être porté bénévole dans une cuisine pour nouveaux arrivants « afin d’aider, de rencontrer ces personnes et d’écouter leurs histoires ».

Une scène de Jasmine Road sur les plaines de l’Alberta. | Photo de Warren Sulatycky

Selon Melody Mokhtari, qui interprète la jeune syrienne Heba, le long métrage se fait également le porte-parole des enfants réfugiés dont l’innocence a été soudainement brisée par la guerre. « Heba a douze ans quand elle vit le conflit en Syrie. Avoir subi des expériences traumatiques aussi jeune, c’est vraiment injuste. Je crois qu’un des messages importants du film est que les enfants doivent pouvoir exprimer leurs histoires », livre la jeune actrice d’à peine quatorze ans.

Par le biais du personnage gai de Salem, Warren Sulatycky désirait aussi donner une voix aux réfugiés de la communauté 2LGBTQ+. « En plus de l’intolérance manifestée à l’égard des personnes qui doivent fuir leur foyer, il y a cette persécution des personnes 2LGBTQ+. Je voulais traiter de ce problème comme une couche d’intolérance supplémentaire qui vient se superposer aux autres », livre le réalisateur.

L’actrice Aixa Kay. | Photo de Warren Sulatycky

Un film inclusif

Aixa Kay se félicite d’avoir pu jouer dans Jasmine Road. Le monde du cinéma nord-américain est, selon elle, difficilement accessible aux personnes racisées. « Même s’ils disent qu’ils veulent de la diversité, souvent ce qu’ils recherchent vraiment c’est quelqu’un qui ressemble à une personne de couleur, mais qui réagit purement comme une personne née au Canada depuis des générations », explique l’actrice.

Afin que le long métrage soit le produit de voix diverses, Warren Sulatycky dévoile avoir cherché pendant plus d’un an et demi l’équipe du film. La distribution finale inclut ainsi des personnes de l’Iran, du Liban, de l’Arabie saoudite ou encore de la Jordanie. « J’ai eu la chance d’avoir pu travailler avec des gens dont les perspectives, la langue, et la culture sont très différentes », témoigne Melody Mokhtari, qui ajoute avoir appris davantage sur les différentes cultures arabes en jouant dans le film.

Le réalisateur révèle aussi qu’il est délibérément sorti du schéma narratif bien trop souvent représenté à Hollywood : celui du sauveur blanc. « Malgré des moments sombres, les personnages ressortent avec un cœur ouvert, plein d’espoir et de résilience. Je voulais que les femmes syriennes soient porteuses de ce message. Au final, ce sont elles qui sauvent l’homme blanc (Mac) et le côté occidental de l’histoire », confie Warren Sulatycky.

La singularité du film semble avoir convaincu le public. Déjà récompensé par une dizaine de prix, Jasmine Road poursuit son chemin vers le festival MENA, le 25e festival où sera présenté le long métrage.

Pour plus d’information visitez : www.menafilmfestival.com

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