Billet : chronique d’un déni cosmique : « Don’t Look Up » : une reconnaissance pour les climatologues et les activistes, une gifle pour à peu près tous les autres

Il y a deux manières de se forger une opinion : étudier des faits et en tirer une opinion (LookUp) ou, choisir une opinion et rechercher les faits qui la corrobore (DontLookUp)

Avec le professeur Randall Mindy (Leonardo Di Caprio) dans une scène de la comédie satirique Don’t Look Up. | Photo d’IIMDB

Qu’on se le dise tout de suite, cette satire est une métaphore du déni climatique qui sévit depuis les années 1960 en envoyant la planète et ses habitants, droit dans le mur !

Même en Colombie-Britannique, la province si riche de ses forêts, de sa nature sauvage et de ses grands espaces, toute cette nature qui a sans nul doute façonné la culture écologique locale avec des figures comme David Suzuki ou encore l’ONG Greenpeace, même ici, nous ne sommes aucunement à l’abris. La Colombie-Britannique vient de vivre six mois de catastrophes climatiques qui détruisent et qui tuent (700 décès pendant la vague de chaleur de fin juin 2021), qui brulent et qui assèchent (saison de méga feux inédite), qui inondent et dévastent les vallées emportant la vie de quelques 600 000 bêtes d’élevage et autant de pertes économiques non encore chiffrées, et pourtant, personne ne semble prendre plus qu’ailleurs la mesure de ce qui se passe.

La campagne de déni climatique instiguée de longue date par les majors du pétrole et relayée par nombre de rentiers du statut quo parmi lesquelles on trouvera des économistes, des politiques, des industriels, des financiers, des publicitaires et même des intellectuels et j’en passe, a-t-elle réussi à détourner l’attention des milieux médiatiques, académiques et in fine du grand public ? Bien sûr !

Randall Mindy, Docteur en astronomie joué par Leonardo DiCaprio est un personnage inspiré du climatologue et géologue américain Micheal E. Mann, qui a lui-même été victime d’intimidations et de menaces pour avoir lancer l’alerte sur l’inaction climatique. Selon Leonardo DiCaprio, Don’t Look Up est une « analogie de notre culture moderne » : une culture dans laquelle nous sommes devenus « incapables d’entendre et d’écouter (je rajouterais « de reconnaître ») les vérités scientifiques ».

Synopsis

La comète Dibiaski découverte par hasard par Kate Dibiaski (jouée par Jennifer Lawrence), doctorante à l’Université du Michigan, est une mauvaise nouvelle. On connait sa taille, sa vitesse et sa trajectoire. L’impact est certain. Il aura lieu dans 6 mois et va provoquer une extinction de masse de la vie sur Terre. Autrement dit, tout le monde va mourir. Vite ! Il faut absolument prévenir la Maison Blanche, le Pentagone, les médias, le public et tout faire pour sauver la planète. Mais il y a un problème. « Ah bon une comète ? Pardon ? La fin du monde dites-vous ». Tout le monde s’en fout !

Sauf évidement, Adam McKay et David Sirota qui signent ici une comédie satirique puissante, unapologetic, dérangeante, qui dépeint une société superficielle, cupide, immature, lâche et corrompue et incompétente à assurer sa propre sa survie. Le parallèle entre l’annonce de l’apocalypse et la double crise écologique du vivant et du climat est immanquable. Pour rappel nous sommes entrés dans la sixième extinction de masse du vivant, par la faute de la pression écologique des activités humaines sur toutes les autres formes de vie. Et nous sommes entrés dans une situation climatique instable en réussissant l’exploit de réchauffer la température à la surface de la terre de +1,2°C en seulement 200 ans et pendant une période naturelle de refroidissement, grâce à une utilisation immodérées des énergies fossiles : le charbon fossil, le pétrole fossil et le gaz fossil.

Peter Kalmus aka @climatehuman sur Twitter, scientifique à la Nasa a publié un article dans The Guardian au sujet de Don’t Look Up, une œuvre « à la fois drôle et terrifiante  parce qu’elle décrit froidement la situation que vivent les chercheurs du climat et tous ceux qui comprenne l’ampleur de l’urgence climatique ». Cette souffrance de ceux qui savent[1] est magnifiquement incarnée par Randall Mindy et Kate Dibiaski.

« Are we not being clear. We are trying to tell that the entire planet is about to be destroyed » Kate Dibiaski

La scène ne manquera pas de rappeler la colère de Greta Thunberg à l’ONU. « We are in the beginning of a mass extinction, and all you can talk about is money and fairy tales of eternal economic growth. How dare you! ». Don’t Look Up est une critique de l’inaction climatique, une sorte de « J’accuse » cinématographique. Les institutions, les corporations, les élites, les artistes en prennent pour leur grade. #LookUp ou #DontLookUp ou #FaceIt.

QUAND L’AGENDA DES ELITES EST ILLEGITIME

A quoi pensent les élites ? Rapidement Don’t Look Up fait ressortir des tenants du pouvoir. Il y en a plusieurs mais commençons par les leaders politiques, incarnées par la Présidente Orlean (Meryl Streep) et le Chief of Staff (Jonah Hill). Ils sont les maitres du jeu et les maitres du temps. Et ils ont mis le temps au service de leur agenda plutôt qu’au service des américains (c’est pas bien !). Alors que le crash de la comète est certain et prévu pour dans 6 mois et 14 jours, la Présidente décide non seulement de classer l’information secrète, mais aussi de prendre le temps.

« Sit tight and assess » President Orlean

Méprisante, elle tient à faire vérifier les données par « ses scientifiques », c’est-à-dire ceux issus des prestigieuses Universités-fabriques du pouvoir, Harvard pour ne pas la nommer. Sans gêne ni honte, le cabinet décide de réinterpréter le risque d’impact de la comète (99,7%) en « risque d’évènement significatif ». Call it 70% s’exclame la Présidente. « But it’s not even close » lui répond Kate Dibiaski.

Cette réplique aura marqué les climatologues et notamment Valérie Masson Delmotte, co-présidente du GIEC [2] qui partage son ressenti du film sur Twitter, puisqu’elle se demande, en tant que scientifique, comment communiquer auprès des hommes ou des femmes politiques quand ces derniers ne disposent que de 3 minutes, et qu’ils n’ont pas lu les rapports sur le climat [3]. Il y a peut-être un sujet tabou à soulever : outre les biais idéologiques auxquels les politiques sont nécessairement soumis, leur manque de compétences scientifiques peut se révéler très grave lorsqu’il s’agit de prioriser les sujets.

« The snacks are free » Kate Dibiaski

Le comportement des élites militaires n’est pas plus rassurant. Le Pentagone en particulier est informé de la comète, tout comme il est informé de longue date du réchauffement climatique. Pourtant, il n’agit pas et reste muet en se rangeant derrière l’avis du politique. Le Général se fait remarquer dans la scène où l’on comprend qu’il a profité de la crédulité des deux astronomes qui attendaient d’être reçus par la Présidence pour leur faire payer des free snacks. Comme Kate, je réfléchis encore à la raison qui a poussé le Général à arnaquer les scientifiques. Ou plutôt, je réfléchis à ce qu’Adam McKay a voulu signaler ici. Tenterait-il de nous dire que la corruption et la cupidité n’ont pas épargné les ultimes garants de la sécurité nationale. Que l’armée n’est plus à la disposition de la paix, mais au service d’elle-même ? Faut-il y voir une dénonciation de ceux qui tente de tout monétiser, y compris ce qui est gratuit. On pensera par exemple aux pays qui voudraient faire payer au monde le fait que leurs forêts vierges absorbent du carbone. Cha-ching…

Les médias ne sont pas épargnés. Kate et Randall sont reçus par les équipes d’un très sérieux journal, le New York Herald qui s’apprête à publier la découverte. Ils sont ensuite invités au Show TV « The Daily Rip » pour annoncer leur découverte en exclusivité. Annoncer le risque de destruction de toute la planète par l’impact de la comète ne sera pas aussi simple que prévu. Tout d’abord Randall est au bord de la crise cardiaque à l’idée de prendre la parole à la TV. Mais surtout, le problème vient des animateurs qui ne comprennent absolument pas la portée de la découverte. La manière de livrer une information compte plus que l’information elle-même semble-t-il. Kate dans un exposé calme et clair explique que c’est le risque est extrêmement sérieux, mais son message reste inaudible. Les vraies mauvaises nouvelles d’ampleur apocalyptique, personne ne sait les entendre, personne ne veut les comprendre.

« We are 100% sure we are all gonna fucking die » Kate Dibiaski

Kate est une jeune femme sensée, qualifiée et sensible. Lorsqu’elle hurle la vérité crue au micro du « Daily Rip » elle est immédiatement déclassée, moquée, décrédibilisée. Arrêtons-nous un instant sur ce passage important. Comment s’y prendre aujourd’hui ,dans un espace médiatique corrompus par la logique de rentabilité qui le soutien, pour annoncer une catastrophe sans avoir l’air catastrophé ? Comment parler d’apocalypse sans générer de la peur – quitte à perdre des spectateurs. Comment parler de changement climatique en restant positif ? Ce n’est pas une scène anodine. Les climatologues, les lanceurs d’alertes, les vulgarisateurs et les éducateurs voient ça tous les jours. Il reste très difficile d’ouvrir la conversation sur le de climat. Mais parmi ceux qui acceptent, combien voudraient sauter directement au chapitre des solutions ? Il y ceux qui veulent bien parler d’environnement mais en restant positif s’il vous plait. Ceux qui sont pour parler des opportunités, des clean tech, mais pas trop des problèmes. Et il y a ceux qui continuent de penser que le climat est un thèmes politique qui divise.

Or la trajectoire catastrophique de la comète, tout comme la trajectoire catastrophique de la dérive climatique, sont des con-clu-sions scien-ti-fi-ques. Il est indispensable de tous bien tomber d’accord sur ces conclusions scientifiques, afin ensuite de discuter des solutions qui soient en rapport (interdire les sac en plastiques, c’est bien, mais pas sûr que ça fasse bouger à la baisse les 70 millions de tonnes de carbone émises chaque année en Colombie-Britannique, or incendies). Bien vu Adam d’avoir insisté sur ce point. Salutations à Peter Kalmus pour son article dans The Guardian [4].

QUAND LA CULTURE POPULAIRE DU DIVERTISSEMENT NOUS DESSERT

L’annonce de la nouvelle révèle ce qui compte pour les médias : les likes, les partages et les réactions. Dans l’industrie de l’information, le « taux d’engagement » est devenu LA métrique qui dirige les nouvelles et décide de facto de ce qui compte. La raison de ce mécanisme, c’est celui d’une presse privée répondant aux logiques de profit (par la vente d’espaces publicitaires). Dans le film, l’annonce de la comète passe inaperçue comparée à la réconciliation en direct de deux stars de la chanson, un peu comme le dernier rapport du GIEC du 9 août 2021 a été enterré par l’annonce du transfert de Lionel Messi au PSG (football…). C’est dire qu’une nouvelle chasse l’autre et que l’importance intrinsèque d’une information ne pèse plus pour rien en rapport au taux d’engagement. Tout est futile, tout est sensible, tout est story. Et une story capitale, déterminante, majeure qui n’engage pas suffisamment le public, est éliminée, abandonnée par les médias soumis à la dictature du clic. Cette manière d’utiliser les médias, outre qu’elle dessert peut-être notre capacité d’attention, ne nous handicape-t-elle pas gravement quand il s’agit d’$etre un peu sérieux ?

« We’ve taken the story has far as it goes » Adul Grelio

A titre personnel, je pense que les médias, la presse, la TV, mais aussi l’information en ligne, assurent un rôle d’information et d’éducation des masses populaires. Informer les citoyens, c’est compléter leurs connaissances et de les tenir à jour de l’actualité afin qu’ils puissent faire des choix éclairés. La qualité des informations diffusées dans les médias devrait être aussi sérieusement pensée que la qualité des connaissances délivrées par l’école et l’université dès lors que les citoyens sont amenés à voter. A force de servir de la soupe intellectuelle au public, ne risque-t-on pas de liquéfier son esprit critique ?

Quand la société n’est pas équipée, ni entrainée à réagir aux mauvaises nouvelles, sa capacité de résilience et ses chances de survie s’en trouvent affectées. Le personnage de Brie (animatrice du Daily Rip) qui avec ses 3 masters et sa culture internationale devrait être un profil capable de comprendre la situation et de mobiliser une réponse digne de ce nom via son Show TV. Elle montre qu’en réalité elle est dépassée et incapable de réagir sérieusement. Le déni cosmique ne serait pas seulement un problème d’éducation, ce serait aussi un problème culturel ?

La responsabilité des faiseurs de culture moderne n’est pas épargnée. Hollywood, connue pour ses prises de position progressistes est évidement en faveur du mouvement éclairé #LookUp. Et pourtant, son portrait dans Don’t Look Up est celui d’une industrie lisse et apolitique qui se contente de détourner l’anxiété des spectateurs et d’empocher la monnaie. La scène est courte, mais elle en dit long sur les vues d’Adam McKay (auteur de The Big Short sur la crise américaine des subprimes qui a choqué les économies du monde entier). Adam semble suggérer que la culture doit se mouiller, Hollywood doit s’engager et participer à animer le débat citoyen, comme le fait Don’t Look Up. Au contraire, une industrie qui se prétend culturelle, qui observe, qui voit mais qui ne dit rien, est une industrie hypocrite et nocive.

Une culture qui ne fait pas son job nous place en grand danger et Don’t Look Up appelle les industries créatives : engagez-vous !

UN CAPITALISME QUI CORROMPT EST COUPABLE

Don’t Look Up présente une Maison Blanche Républicaine dont la campagne a été financée par des fortunes privées. Cette intrusion du capital dans le politique lui donne un droit de regard et, plus grave un droit de préemption sur la vie de la Nation. Une anesthésiologiste devient ainsi cheffe de la Nasa (!) et un curieux personnage CEO d’une Big Data et Big Tech dénommée BASH tient le destin du monde dans le creux de sa main.

Certains ont vu dans la comète la métaphore du changement climatique, d’autres plus fins y ont vu l’allégorie du capitalisme. On peut y voir une représentation de la croissance économique. Une croissance infernale et fascinante qui jamais ne s’arrête, qui jamais ne connait la satiété et qui menace de tout emporter, y compris la planète.

Le profil psychologique de Peter Isherwell fondateur de BASH n’est pas inintéressant. A la croisée de Marc Zuckerberg, Jeff Bezos, Elon Musk, Bill Gates ou Tim Cook (pour les cheveux), cet homme brillant mais fragile, sans ami et triste, a bâti un empire en siphonnant des données personnelles des américains. La motivation professionnelle de Peter est pathétique : se sentir moins seul en se créant un ami virtuel qui le comprenne. Peter représente ici l’entrepreneur à succès et en même temps un personnage tout aussi puissant que dangereux, n’ayant aucune des qualités attendues du leader, et se révélant méchant. Il a cependant les moyens de prendre la tête de la sécurité mondiale, de recruter des prix Nobels, et d’imposer des solutions technologiques non peer-reviewed que personne ne peut questionner sans risquer de perdre son job. Dans le film aussi, il semble bien que « la raison du plus Forbes est toujours la meilleure » (Youssoupha).

Peter Isherwell peut également faire penser à Elon Musk qui rêve d’une humanité multi planétaire, comme s’il avait perdu intérêt pour la Terre. A Jeff Bezos dont le vol de juin 2021 dans la thermosphère lui a ouvert les yeux sur la fragilité de l’atmosphère, alors même que ses business dépendent d’une énergie bon marché et polluante. A Bill Gates dont les solutions pour le climat regroupées dans un livre sont des positionnements d’affaires, comme les fameux aspirateurs à CO2 (à 420 ppm de concentration dans l’atmosphère, soit une 0,042%, il risque de falloir aspirer fort et longtemps avant de commencer à voir un résultat) et aucunement des solutions technologiques validées et attendues par les experts indépendants. Don’t Look Up vous le dit dans les yeux, méfiez-vous des techno-gourou qui prétendent avoir des « solutions technologiques » non vérifiées, d’autant que ces optimistes auraient acheté ailleurs votre confiance grâce à une action qui monte.

Enfin, c’est la culture du pari qui est également dépeinte par Don’t Look Up. Avec les actionnaires de BASH qui espèrent un gain personnel dont ils n’ont pas besoin, avec les politiques qui espèrent des voix pour une élection qui ne remet pas en cause leur mandat, avec le New York Herald qui parie sur la story de la comète et qui se révèlera être un échec médiatique, avec Peter Isherwell qui parie sur des ressources minérales qui lui permettront de dominer le marché mondial… La culture du pari est dangereuse et par essence et anti-scientifique. C’est pourquoi la culture du pari n’a pas sa place dans une unité de chirurgie, ni dans une équipe opérationnelle à la Nasa. En quoi serait-il raisonnable de parier avec une comète, ou avec le climat ? Règle numéro de l’investisseur « ne jouez jamais que ce que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre ». Qui a dit, que l’on pouvait se permettre de perdre le climat [5]?

DES CRITIQUES PIQUEES AU VIF

Les commentaires de Don’t Look Up ne sont pas unanimes. Une partie de l’audience se reconnait dans ce portrait d’une société dysfonctionnelle. Ce sont les scientifiques, les activistes, les intellectuels, les curieux, les démocrates et bien d’autres. Ils sont nombreux sur les réseaux sociaux à remercier les auteurs du film.

Une autre partie de l’audience se rebiffe. Celles et ceux qui pensaient voir Leonardo DiCaprio et Jennifer Lawrence finir ensemble, ceux qui pensaient voir un Armageddon relifté.  Mais aussi les climato sceptiques, les platistes, les techno-optimistes, des ardents capitalistes et les rentiers, les militants républicains et leurs candidats livrés en pâture dans leurs mensonges comme dans leur mépris, les influenceurs sans-dessein, les suprématistes, les complotistes, les ultracrépidarianistes.

Don’ Look Up c’est la grande imposture révélée. Dans ce jeu de dupe, nous sommes des enfants, immatures, impréparés. Don’t Look Up est une critique acerbe de la culture du divertissement immodéré, de la corruption qui sévit avec d’autant plus de vigueur qu’il y a de l’argent, en politique et jusque dans l’armée, de l’incapacité des Nations à coopérer face aux grands défis, et de l’incompétence scientifique généralisée au point que les savants, les sachant et ceux compétents pour tirer l’alarme et nous tirer d’affaires ne plus écoutés.

ET LE CLIMAT DANS TOUT CA

Pour revenir au monde réel, en matière de climat, le rapport de force aujourd’hui est encore largement à la faveur du confort d’ignorer les racines du problème comme l’étendu des risques, de la facilité à prôner l’optimisme ou le doute – l’un et l’autre conduisent au même résultat : la perte de temps pour passer à l’action.

Or, cela doit changer, et vite ! Nous sommes à +1,2°C de réchauffement, et nous voyons poindre les risques sur la santé, la sécurité, l’alimentation. Alors que nous sommes 8 milliards de bouchent à nourrir, que les ressources s’épuisent inexorablement, y compris le pétrole, dont les réserves de piètre qualité mais en grande quantité au Canada ne sont pas une bonne nouvelle pour le climat, il est temps de comprendre et de s’engager.

20% de la population convaincue suffit à atteindre le point de bascule pour qu’une idée passe de la catégorie d’idée radicale à celle d’idée raisonnable, pour passer d’une société qui refuse à une société qui accepte, d’une société rétive à abroger l’esclavagisme, de peur que la vie devienne trop chère, à une société humaniste qui reconnait que l’esclave est un homme, et qu’un homme ne peut naitre homme et esclave à la fois (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalités parmi les hommes, Jean-Jacques Rousseau).

En matière de climat, il faut travailler à ouvrir la fenêtre d’Overton [6], et d’urgence. Un certain nombre d’idées, pour l’instant considérées comme impensables, radicales, désagréables, doivent migrer, et devenir des idées raisonnables, indispensables, acceptables. Je n’en citerai qu’une qui soit mesurable, probablement pas si radicale pour le commun des mortels, et qui n’est pas la mienne, mais celle de Dennis Meadows, co-auteur du rapport « The Limits to Growth » 1972 qui recommande simplement de réduire l’intensité énergétique de nos sociétés, avec un cap par habitant si besoin.

Une équation résume bien la situation du climat, du carbone, de l’énergie et de l’économie. L’équation de Kaya se présente ainsi, et chacun peut y voir des leviers d’action, et entrevoir des choix qui en conséquence se poseront [7]. Les émissions de carbone sont ici fonction de la population x la production par personne x l’intensité énergétique de la production x l’intensité carbone de l’énergie.

BONUS

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Vous souhaitez approfondir le sujet du changement climatique, consultez la page Facebook Climate Collage Canada.

Aloïs Gallet est juriste, économiste et entrepreneur à Vancouver. Conseiller élu des français et des françaises de l’Ouest du Canada. Twitter, Linkedin


[1] Yann Arthus Bertrand dans le film Legacy

[2] Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evaluation du Climat, placé auprès des Nations Unies (IPCC en anglais)

[3] https://twitter.com/valmasdel/status/1478370097278373898

[4] https://www.theguardian.com/commentisfree/2021/dec/29/climate-scientist-dont-look-up-madness

[5] A vrai dire, un économiste américain aujourd’hui très controversé auprès de la communauté scientifique a porté cette approche : William Nordhaus.

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quation_de_Kaya

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